Erdogan au Vatican : une visite historique et énigmatique !

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L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission Deux heures d'info
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Chaque jour, Vincent Hervouet traite d’un sujet international.

Recep Tayip Erdogan reçu par le pape, c’était ce lundi. Cela fait soixante ans qu’un président turc n’avait pas mis les pieds au Vatican. Visite historique et énigmatique !
La police avait vidé les abords du Vatican. Le Président Erdogan est arrivé au milieu d’un décor désert.
 La dernière fois qu’un Turc s’est fait remarquer place Saint Pierre, il avait un pistolet à la main, il a tiré sur le pape et il s’en est fallu d’un cheveu qu’il touche sa cible au cœur.
D’un cheveu ou plutôt d’un doigt puisque le tueur et la victime, Mehmet Ali Agca et Jean-Paul II, étaient tous les deux convaincus que la Vierge Marie pour l’un, Myriam pour l’autre, a dévié la balle. C’était le 13 mai 1981, jour anniversaire des apparitions de Fatima et le fameux secret de Fatima, aurait annoncé l’attentat.
Derrière l’actualité, derrière la réalité politique, le Vatican croit toujours en discerner une autre, plus mystérieuse.
Ce lundi, Erdogan est arrivé très en retard. Il a été reçu pendant près d’une heure, beaucoup plus longtemps que prévu.
Qu’est-ce que les deux hommes avaient à se dire ?
Ils ont parlé de Jérusalem. La Turquie a pris la tête d’une croisade qui refuse que les Américains y déménagent leur ambassade, qu’ils reconnaissent Jérusalem comme capitale d’Israël. Erdogan aime jouer au sultan et Jérusalem lui sert à s’imposer dans le monde islamique. 
Et le Pape ?
Le Vatican sait depuis mille ans qu’il faut toucher à ces questions avec la délicatesse d’un artificier s’approchant d’un kamikaze.
Les papes répètent qu’un statut international doit garantir l’accès de tous les fidèles, juifs, chrétiens ou musulmans. Les Israéliens répondent que c’est déjà le cas.
En fait, Erdogan a piégé le Pape en lui téléphonant et en se vantant ensuite d’avoir obtenu son soutien.
Hier, les deux hommes ont défendu le statu quo. Ils ont aussi parlé des réfugiés syriens. Officiellement, pas un mot sur les bombardements des kurdes syriens… rien que le nom de l’opération, Rameau d’Oliviers doit pourtant écorcher les oreilles papales. Rien sur les djihadistes égorgeurs qui servent de supplétifs à l’armée turque. Rien sur la dictature qu’impose Erdogan : pendant qu’ils parlaient plusieurs centaines d’internautes étaient arrêtés pour avoir critiqué l’offensive en cours…
Les internautes critiquent le pape lui-même de recevoir Erdogan.
L’internaute s’imagine que le pape ignore le calvaire des Chrétiens d’Orient, qu’il minimise la menace islamiste.
C’est le contraire.
Hier matin, il recevait des évêques chaldéens arrivant tout droit d’Irak : le pape a ses infos de première main. Les enjeux, il les connaît. Il a offert à son hôte, l’icône d’un ange terrassant le dragon, la paix triomphant de la guerre.
François tente par tous les moyens de conjurer la fatalité de la guerre de civilisation que d’autres envisagent froidement.
En refusant de se laisser enrôler, il fait comme Jean-Paul II pendant la guerre froide, allant visiter Ali Agca dans sa prison pour s’informer avant de prier avec lui, Marie ou Myriam.