Erdogan à Paris, un autocrate sans moyen

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L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Gwendoline Debono traite d’un sujet international.

Gwendoline Debono remplace Vincent Hervouet ce vendredi 5 janvier 2018.

Erdogan est à Paris aujourd'hui et c'est un président affaibli que reçoit Emmanuel Macron.
Oui Emmanuel Macron va rencontrer un autocrate qui n’a plus les moyens de ses ambitions. Depuis le putsch manqué de l’été 2016 contre lui, à peu près tout ce qu’entreprend Recep Erdogan sur le plan international prend l’eau. Regardez…la bataille de Mossoul, on ne compte plus le nombre de fois ou la Turquie a dit qu’elle voulait y jouer un rôle. Tout ce qu’elle a réussi à faire c’est former une milice d’adolescents qui n’a jamais mis un pied dans la ville. Ensuite pendant l’offensive sur Raqqa, en Syrie, Erdogan a voulu mettre des bâtons dans les roues des kurdes, ses ennemis jurés. Encore raté ! Les américains et Les français les ont soutenus et vont continuer. On pourrait aussi parler de Jérusalem ou la Turquie essaye de prendre la tête de la contestation musulmane, toujours sans succès. Avec l’état islamique, même histoire, Erdogan a essayé de s’en servir comme pouvoir de nuisance lorsqu’il laissait passer les djihadiste en Syrie. Résultat ? Une politique d’apprenti sorcier et des attentats réguliers sur son sol. C’est simple : Sur tous ces dossiers la Turquie avance ses pions, et soit les pions ne bougent plus, soit ils reculent.

Alors pourquoi aucune de ses initiatives ne fonctionnent ?

Hé bien parce qu’après la tentative de coup d’état il y a un an et demi, le régime à purgé pour se protéger dans des proportions ahurissantes….on parle tout de même de centaine de milliers de fonctionnaires virés, jetés en prison. Des enseignants, des magistrats, des policiers, et beaucoup d’officiers, compétents, qualifiés. Résultat : Erdogan a quasiment brisé son armée. Au sein de l’Otan, beaucoup expliquent que c’est devenu presque impossible de travailler avec la Turquie, voir d’arriver à joindre quelqu’un par téléphone. En fait, pour garder la mainmise sur l’état, le président turc a mis ce même état en lambeaux et réprime à tout va…. Alors Emmanuel macron a dit qu’il parlerait des droits de l’homme avec lui, le déjeuner risque d’être longue tant les valeurs du président turc sont éloigné de celle que le chef de l’état français entend défendre. C’est une question centrale. Des dizaines de journalistes sont emprisonnés, en procès, des intellectuels, des écrivains, des opposants, des kurdes, Erdogan fait la chasse à tout ce qui ne lui ressemble pas et ça va très loin.

Il notamment ce décret signé par le président turc il y a deux semaines.

Oui c’était le 24 décembre, pile quand les parlementaires turcs étaient en vacances. Erdogan a signé le décret 696 qui accorde l’amnistie à tous les civils, quelques soit leur acte, dès lors qu’ils agissent pour déjouer un putsch. Il faut bien mesurer ce que ça signifie. Dans le dictionnaire Erdogan, cela veut dire que désormais, n’importe qui peut tirer une balle dans la tête de quelqu’un,  tant que ce quelqu’un est un opposant alors ça va ! Pas de risque de poursuite. Ce décret a provoqué un tollé en Turquie jusque dans les rangs de l’AKP, le parti d’Erdogan, ça c’est intéressant. L’ancien président Gul qui a fondé le parti avec lui a dénoncé ce décret, publiquement sur son compte twitter. Il le trouve "inquiétant pour l’état de droit", alors oui c’est un euphémisme, mais un euphémisme qui compte.
Pourtant La France a tout de même besoin de la Turquie.

Bien sûr parce qu’Erdogan malgré sa faiblesse reste le président élu et qu’il est l’interlocuteur sur beaucoup de dossiers commun : Les migrants, le futur de la Syrie, le retour des djihadistes étrangers. Il faut bien voir qu’en ce moment tous ceux qui veulent sortir de Syrie, et il y a beaucoup de français, essaye de sortir par la Turquie.  Emmanuel Macron a toujours dit qu’il fallait parler avec tout le monde, simplement avec Erdogan le dialogue a un peu changé. Paris peut par exemple se permettre de lui demander « des gestes très concrets » en matière de droit de l’homme. Le président turc n’est plus en position de force sur la scène internationale, il n’a pas donc pas d’autre choix que de mettre en sourdine son levier préféré : le pouvoir de nuisance.