Emmanuel Macron imagine une Europe qui rivalise avec l'Amérique et la Chine

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Vincent Hervouët vous parle international est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Vincent Hervouet traite d’un sujet international. Jeudi il s'intéresse à la politique étrangère d'Emmanuel Macron.

En politique étrangère, Emmanuel Macron s’expose, il s’exalte sur l’Europe mais il court peu de risques…

On juge une politique à ses résultats. Sauf une politique étrangère, parce que c’est le temps long qui permet de tirer des leçons. Et cent jours, c’est à peine le temps de se présenter. Cent jours, ce n’est rien, sauf quand il y a Waterloo au bout qui est l’exemple absolu de la catastrophe en politique étrangère, puisque la France se retrouve occupée, endettée, divisée et discréditée pour longtemps. On n’en est pas là, même si les sondages semblent une Bérézina. 

Donc, la politique étrangère est toujours indulgente et flatteuse puisqu'on la juge à ses intentions. Le tapis rouge fait le président, les journalistes au loin sont moins venimeux, mais il y a encore mieux : la politique européenne, qui est le cœur du projet présidentiel. Le projet européen ne peut pas échouer, puisque c’est une utopie. C’est même le paradis du déni : on voit cela aux petits matins des conseils européens : en cas de blocage, de dilemme insoluble, on met la poussière sous le tapis. C’est le métier des diplomates, Bruxelles est le paradis de la sémantique. Le projet européen ne peut pas échouer, au pire il est ralenti.

Justement, Emmanuel Macron prétend sortir l’Europe de sa léthargie.

Dans cette interview, il ne rentre pas dans le détail, notamment pour la zone euro, - on sait qu’il veut un budget, un ministre des finances, un parlement. Il donne le cap : l’Europe puissance, qui rivalise avec l’Amérique et la Chine. C’est une idée très française, pas sûr qu’elle plaise à nos voisins anglo-saxons ou scandinaves. Ils soupçonnent toujours la grande nation que nous sommes de vouloir se servir de ses voisins pour peser plus lourd et déployer sa politique étrangère.

Emmanuel Macron ne doute de rien. Il faut oser prétendre "Nous devons être forts pour pouvoir changer l’Europe en profondeur, ce qui sera l’objectif du trimestre à venir". Changer en profondeur en cent jours une machine aussi bloquée, quel défi. Et ce "nous" de majesté, c’est un "nous" singulier. La France ne fait pas l’Europe comme au temps de Napoléon, l’Europe se fait ou se défait à 27 ou 28.

Là où le Président est très habile, c’est qu’il parle en fédéraliste, pour une alliance toujours plus étroite avec l’Allemagne, des standards communs en matière sociale, fiscale et environnementale… Et en même temps, il utilise les mots de souveraineté, d’héroïsme, de grandeur. Il dit qu’il faut "ré-investir un imaginaire de conquête" et il fixe l’horizon européen qui, en général, parle davantage aux financiers qu’aux aventuriers. Il fait reluire les cuivres et même les étoiles du drapeau européen.

Il ne récuse pas l’adjectif gaullo-mitterandien.

C’est flou, alors pourquoi dire non ? C’est vrai : il se cabre et se cambre, cela rappelle le passé. Mais il est surtout védrino-villepinien : disciple de Védrine quand il acte l’échec d’une Europe qui s’est rendue détestable. C’est fini l’Europe qui se faisait en cachette, elle a provoqué le Brexit. Et Villepinien, dans le style lyrique, quand il exalte le récit historique, récuse la posture victimaire… C’est toujours mieux que la vision bien-pensante et condescendante avec laquelle les élites parlent de l’Europe en faisant la leçon aux peuples qui rechignent.