Élections législatives en Italie : un vote massif anti-système et pas de majorité claire

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L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission Deux heures d'info
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Chaque jour, Vincent Hervouet traite d’un sujet international.

Les élections en Italie : vote massif anti-système et pas de majorité claire.

La politique italienne est un jeu aux règles compliquées, c’est comme le cricket, on relit le règlement mais on ne comprend rien à la partie en cours.
En Italie, c’est un peu plus vicieux qu’au cricket, car à la fin, on ne sait même pas qui a vraiment gagné, ni pourquoi.
On sait juste qui a perdu.
D’une manière implacable : le gouvernement sortant de Gentiloni, (et par ricochet Emmanuel Macron qui lui avait apporté son soutien), le parti démocrate de Matéo Renzi, bref la gauche social-démocrate. Et derrière elle, défaite éclatante de l’establishment progressiste, des citoyens du monde, des partisans d’une Europe toujours plus fédérale. Avec les médias en première ligne dans cette bataille perdue.
L’Italie souffre d’une économie atone, d’une crise bancaire, d’un euroscepticisme galopant. Mais le thème qui a dominé toute la campagne, c’est l’immigration. Les Italiens ont voté contre les immigrants, contre les rescapés de Lampedusa, contre les déboutés du droit d’asile, les sans-papiers, le pape qui les aime même et surtout quand ils sont musulmans, l’Europe qui leur tend les bras mais qui les laisse en plan. La Ligue du Nord projette d’en renvoyer 500.000. Sylvio Berlusconi surenchérit à six cents mille. Personne n’y croit. Tragédiente, comédiente.

Il n’y pas que les Italiens qui débattent de l’immigration.

La question obsède l’Europe. Quand elle agite les Polonais, les Hongrois, les Tchèques et les Slovaques, on les traite à peu près comme des arriérés. Quand c’est en Autriche ou au Pays-Bas, on y voit un phénomène exotique. On traite le Brexit comme une dépression nerveuse. Avec l’Allemagne, une centaine de députés nationalistes et europhobes entrent au Bundestag, on crie au loup ! En vain. Après quatre mois de palabres, Angela Merkel a obtenu hier un ausweiss pour un nouveau mandat avec la même coalition. Les deux partis centristes, progressistes, partisans d’une Europe toujours plus fédérale à condition que cela ne coûte rien ont connu une déroute historique en septembre mais ils continuent comme s’il ne s’était rien passé. Leur programme prévoit que l’Allemagne accueille deux cents mille migrants par an, et davantage en cas de crise.
En Europe, obstinément moins ça marche, plus longtemps ça dure.

En Italie aussi, les négociations pour former un gouvernement pourraient durer longtemps.

Le mouvement cinq étoiles arrivé en tête semblait prêt hier soir à chercher des alliés. Forza Italia lorgne du côté du Parti démocrate, tout est possible.
Les Italiens semblent en train d’inventer la post-démocratie.
Prenez Sylvio Berlusconi. Il a fait toute sa campagne en dénonçant l’Europe. Mais finalement, son candidat au poste de premier ministre est Antonio Tajani. C’est le Président du parlement européen, l’archétype de l’Europhile béat, le politicien hors sol qui a fait toute sa carrière dans les arcanes communautaires. Cherchez l’erreur.
En France, les élus attendent d’être au pouvoir pour trahir leurs électeurs. En Allemagne, on fait comme s’ils n’avaient même pas voté.
En Italie, on dit n’importe quoi et en même temps, on fait le contraire.