Donald Trump et Kim Jong Un ont rendez-vous, et on peut s'attendre à tout !

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L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission Europe matin
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Pour la première fois, un dirigeant nord-coréen et un président américain vont se rencontrer.

Donald Trump et Kim Jong Un ont accepté de se parler en face à face. Et le reste du monde déborde de curiosité, vu que depuis six mois, c’est à une scène de ménage planétaire que se livrent "le vieux débris sénile" et "le petit homme fusée". Il y a d’ailleurs une forme de connivence entre les deux : Donald Trump avait été outragé que son homologue l’attaque sur son âge et il avait répondu que lui ne le traitait pas de petit gros. À ce niveau de sincérité dans l’insulte, on peut s’attendre à tout. Et justement, c’est ce qu’il faut, s’attendre à tout. Donald Trump se veut imprévisible, c’est sa posture favorite en négociation, et la Corée du Nord a fait de l’imprévisibilité la clef de toute sa stratégie.

Revirement de situation. Par exemple, personne ne s’attendait à ce que Kim Jong Un le jour de l’an, se vante de son arsenal nucléaire, et dans le même discours, s’invite aux Jeux olympiques. Personne non plus ne croyait que l’embellie olympique dure et qu’il en vienne à parler de dénucléarisation. Parallèlement, tout le monde est surpris par la retenue de Donald Trump devant l’offre de dialogue de Pyongyang. La mesure, la prudence, l’attitude ouverte de l’Américain qui a salué dans la nuit de jeudi à vendredi de "grands progrès" et qui dit banco à un tête-à-tête, étonne aussi.

Le coup de maître de Donald Trump. Kim Jong Un, de son côté, a été habile en lui envoyant son carton par porteur. Il a choisi le conseiller à la sécurité de Corée du Sud : l’invitation est publique et les Sud-Coréens voudraient à tout prix qu'elle aboutisse. Mais il faut rendre à César ce qui lui appartient : Donald Trump a été sur ce dossier beaucoup plus solide que tous ses prédécesseurs. D’abord, il s’est engagé personnellement, en prenant tous les risques, notamment celui du ridicule. Ensuite, sa fermeté est crédible. La menace d’une frappe préventive était dans l’air, elle a fait paniquer des experts. L’armée américaine a gesticulé, notamment les avions à la frontière sous le nez de la DCA nord-coréenne, de quoi démontrer leur supériorité écrasante.

Et puis Donald Trump a réussi à constituer un front à peu près homogène face à Pyongyang. Dans ce dossier au moins, il a joué la carte multilatérale. Il s’est coordonné avec ses alliés, le Japon et l’Europe, et il a obtenu de la Chine et de la Russie qu’ils jouent à peu près le jeu. Une pression maximum a été maintenue sur Pyongyang, c’est un neuvième train de sanctions qu’a adopté le Conseil de sécurité à Noël. Jeudi encore, le Département d’Etat a renforcé les sanctions pour punir Kim Jong Un d’avoir fait assassiner son frère au sarin l’an dernier.

L'arme nucléaire, l'assurance-vie de la Corée du Nord. Il faut désormais s’attendre à tout et espérer une vraie rupture. Jusqu’à présent, les Nord-Coréens ont ouvert des négociations à chaque fois qu’ils voulaient gagner du temps. Vingt-sept ans de discussions qui n'ont mené nulle part, rappelait un conseiller de la Maison Blanche. En fait, elles ont conduit Pyongyang jusqu’à la porte du petit club des nations nucléaires. Ce qu’on a du mal à croire, c’est que Kim Jong Un soit prêt aujourd’hui à renoncer à cette arme, qui est l’assurance vie de son régime. Il ne s’agit pas d’un gel des activités nucléaires, mais bien d’une dénucléarisation de la péninsule a souligné Donald Trump. Une dénucléarisation totale, irréversible et vérifiable, réclamée en vain depuis vingt-sept ans.