Daech : Baghdadi donne de ses nouvelles

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L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission Deux heures d'info
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Chaque jour, Vincent Hervouet traite d’un sujet international.

Le chef de Daech est sorti de son silence. On ne l’avait pas entendu depuis novembre dernier.

Il y a des tyrans qui règnent par le vide. Ils se taisent, invisibles. Le contraire des ministres impuissants mais tous les jours à la télé et le week-end aussi. Abou Bakr al Bagdadi fait partie de cette espèce, qui inspire la terreur, mais qu’on ne voit jamais. Il se laisse imaginer et c’est encore mieux, on raconte n’importe quoi, souvent le pire. Ses hommes l’appellent le Fantôme.
Il est apparu une seule fois. A l’été 2014, à la mosquée Al Nouri de Mossoul, la deuxième ville d’Irak que les djihadistes venaient de prendre à la surprise générale. Fantômas prêche. Il ne triomphe pas, au contraire. Il garde l’œil sombre et la dignité des humbles. Sauf qu’il s’est coiffé d’un turban noir comme les descendants du prophète. C’est une couronne pour celui qui se déclare Calife et réclame que tous les croyants lui fassent allégeance, on ne fait pas plus mégalo. A côté, Bonaparte qui se proclame empereur était modeste.
Depuis son sacre, les discours du Calife se comptent sur les doigts de la seule main d’un voleur. Celui d’hier, c’est le deuxième en deux ans.

Entretemps, on l’avait cru mort. Les Américains l’ont annoncé. Les Russes aussi, mais sans jamais confirmer.

Il y a eu des rumeurs. Notamment dans la province de Deir Ezzor ou sont repliés des responsables de Daech. A la mi-juillet, le patron de l’Observatoire syrien des droits de l’Homme a affirmé que le Calife était mort, mais sans dire quand, ni comment. Pas de quoi sabler le champagne. D’ailleurs les Américains continuent à promettre 25 millions de dollars à qui livrera l’ennemi public numéro 1. Vue la débâcle du califat, ca peut marcher. On se souvient de Saddam Hussein dénoncé par un voisin de Tikrit, sorti de sa cache, exhibé hirsute, la bouche ouverte comme un clochard auquel on inspecte les molaires.
Et puis, hier le fantôme est réapparu sur le site habituel de Daech, un discours qui fait référence aux batailles de Syrte en Libye, de Ramadi et Mossoul en Irak, toutes perdues. De Raqqa qui se termine. S’il a été enregistré, c’est tout récent.

Il s’en prend "aux nations infidèles, en premier lieu, l’Amérique, la Russie et l’Iran". Et il appelle les combattants à résister.

"Nous resterons", c’est le slogan de l’Etat islamique. "Nous ferons preuve de résistance et de patience, dit le chef, nous ne cèderons pas, bien que nous soyons tués, emprisonnés et malgré nos blessures". Ce discours est un testament et il paraît insensé. A Raqqa comme à Mossoul, l’armée des djihadistes a reçu l’ordre de mourir jusqu’au dernier. Même Hitler dans son bunker n’en avait pas exigé autant des défenseurs de Berlin. Bagdadi n’envisage pas la victoire, ou à défaut un repli, ou bien la fuite pour mener d’autre combats ou même une reddition négociée. La consigne, c’est mourir.

Quel intérêt ?

Transformer en or le plomb des obus. Transformer la défaite assurée, en gloire éternelle. La légion étrangère célèbre bien Cameron, le sacrifice de 62 soldats qui ont combattu 2 000 soldats mexicains jusqu’à la dernière cartouche. Les djihadistes veulent ce genre de mythe héroïque. Et laisser croire que Daech survivra même en ayant perdu tout son territoire et tous ses combattants.