Corée : les dangers qu'il y a à finir une guerre

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L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission Deux heures d'info
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Chaque jour, Vincent Hervouet traite d’un sujet international.

Donald Trump et Kim Jong Un sont arrivés à Singapour. Ils sont à pied d’œuvre pour leur grand rendez vous. 
Même si leur tête à tête tourne court, la date restera gravée.
 L’enjeu n’est pas un communiqué lénifiant que le Donald peut torpiller d’un tweet vengeur. L’enjeu, c’est l’histoire. Solder la tragédie passée, instaurer la paix régionale, restaurer l’ordre nucléaire.
Ca grandit les protagonistes.
L’échec leur est interdit. Il peut ne rien se passer, mais il n’y aura pas de tweet vengeur ou moqueur, de fausse colère, de chantage provocant.
Il n’y a pas de précédent.
C’est la première fois qu’un Président américain rencontre le Dieu vivant qui règne sur la Corée du nord et ses 25 millions de sujets.
C’est même la première fois qu’on voit deux pays en guerre depuis des décennies tenter une rencontre au sommet. C’est vrai qu’ils ont signé un armistice, il y a 65 ans, mais ils sont restés le doigt sur la gâchette. A l’hiver dernier, les jets américains narguaient les défenses anti-aériennes nord coréennes à la frontière, la Maison-Blanche envisageait de décrocher un bourre-pif à l’homme-fusée et les experts débattaient des conséquences d’une frappe nucléaire.
Ce n’est donc pas la réconciliation de guerre lasse de deux vieux ennemis dont les années auraient refroidi les ardeurs. C’est plutôt un pari. Un quitte ou double périlleux. Déclarer match nul et ouvrir un nouveau chantier.
La dénucléarisation, voilà le programme !
Elle pourrait prendre des décennies. Avec toutes sortes d’étapes, depuis le retour de l’AIEA, la police nucléaire, jusqu’au démantèlement des missiles balistiques… Et  parallèlement, les Américains donneront des gages que guettent la Chine et le Japon.
Ca, c’est l’avenir, en cas de succès. Il sera compliqué.
Le présent, c’est de tourner la page. C’est à dire, coopérer avec le régime Nord-Coréen en lui donnant les moyens de perdurer.  
Ce n’est pas évident car il s’agit d’un régime totalitaire.
Et ca l’est d’autant moins, qu’il faut dépasser le passé.  
Il faut avoir visité l’un ou l’autre des musées de la guerre de Corée pour réaliser ce que les habitants ont en permanence à l’esprit. Le traumatisme conditionne toute leur vie. Au nord, évidemment, puisque tenir tête à l’impérialisme est la raison d’être du régime, son alibi à toutes les violences, sa seule légitimité.
Bonne chance au maréchal Kim pour expliquer aux dévots qu’il a pactisé avec Satan en rencontrant Donald Trump !
Le limogeage la semaine dernière de trois des chefs de l’armée montre qu’il court des risques.
Le président américain aussi prend des risques.

Il répète qu’il est le meilleur des négociateurs. On va voir à quel prix il rachète l’arsenal nucléaire de PyongYang.
S’il échoue, tous ceux qui le considèrent comme un danger public et un va de la gueule seront confortés.
En attendant, il a fait lever un espoir fou en Corée.
Personne au sud n’a oublié la guerre, la retraite humiliante des Américains, la prise de Séoul, les trois ans de combats particulièrement cruels qui n’ont épargné aucune famille. Quatre à cinq millions de morts, des massacres, des réfugiés par millions. Le président Moon est l’enfant de cette débâcle.
Au passage, la France a participé à la guerre de Corée mais l’a curieusement oubliée.  3400 hommes participèrent au bataillon français de l’Onu sous les ordres du général Mac Arthur. 287 ont donné leur vie sur le champs de bataille, 1350 ont été blessés, les Français furent de tous les combats, avec beaucoup de courage.
Il n’y a qu’en France que c’est une guerre oubliée.
Une guerre sans victoire.