Congrès du PC chinois : un nouveau sacre pour le président Xi Jin Ping

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Vincent Hervouët vous parle international est une chronique de l'émission Europe matin
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Promettant "une nouvelle ère" socialiste à son pays, dont il a brossé le tableau jusqu'en 2050, le président chinois n'a laissé aucun espoir de libéralisation du régime.

Tous les cinq ans, la grand-messe recommence. Le 19e congrès du parti communiste chinois se tient depuis mercredi, place Tien an Men. L'événement est aussi décisif pour le pouvoir que l’est une élection présidentielle dans une démocratie, le suspens en moins.

Plus de trois heures de discours et un public trié sur le volet. Mercredi, le président chinois a infligé aux camarades trois heures et demi de discours. Une pleine demi-journée à écouter ce préchi-précha tout flou, aussi long que la muraille de Chine. La télévision CCTV montrait aux quatre coins de l’empire des citoyens méritants, suspendus aux lèvres de Xi, de tous les âges, toutes les classes, et de différentes ethnies. Seule la parité qui n’était pas respectée dans cet échantillon de figurants.

Face à ce spectacle, on se dit qu’Emmanuel Macron, contenu en 1h10 avant le film du dimanche soir, est un leader modeste. Et même que Donald Trump, avec ses tweets, n’a pas que des défauts.

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Crédit photo : STR / AFP


Approbation obligatoire. D'une voix monocorde, Xi Jin Ping a donc lu un rapport évoquant son bilan politique son programme pour les cinq ans à venir. Les 2.300 délégués ont subi avec enthousiasme ce supplice chinois. Ce sont des apparatchiks de première classe, un syndicat de copropriétaires, une noblesse d’empire. C’est la cinquième génération de communistes qui se succède au pouvoir. Et le décor qui est fossilisé dans le style monumental stalinien manifeste cette victoire dans la durée. Autrefois, le premier qui s’arrêtait d’applaudir était déporté. Ça aide ceux d'aujourd’hui à se maintenir éveillés, même si le rêve chinois qu’a vanté à dix reprises Xi Jin Ping leur paraît un songe creux. 

Un discours économique qui ne correspond pas à la réalité. À Davos, Xi Ji Ping s’était fait le champion de la mondialisation. À Pekin, il a insisté : la Chine va s’ouvrir davantage, renforcer le rôle du marché, et passer d’une croissance rapide à un développement axé sur la réduction des inégalités. Avec, à l’horizon 2035, un pays socialiste moderne… Une nouvelle ère sous l’autorité du parti. On est pressé d’y être… sauf que les Européens et les Américains constatent qu’il y a de plus en plus de protectionnisme et toujours aussi peu d’Etat de droit.

Le pouvoir de Xi Jin Ping renforcé ? Avec un vrai culte de la personnalité, Xi Ji Ping fait de plus en plus penser à Poutine. Le Congrès envisage d’inclure sa pensée dans la charte du Parti. Comme Mao, qui habite à côté dans son mausolée. La situation ne va pas s’arranger, car le président chinois a désormais les mains libres, puisqu'il s’est débarrassé des factions rivales. La lutte contre la corruption a permis de jeter au cachot 300.000 tigres et mouches, les gros corrompus et les petits. Le "dégagisme" à la chinoise a passé à la trappe près d’un million et demi de cadres. 

Ceux qui imaginaient qu’avec l’économie de marché et l’essor de la société civile, le pays allait se rapprocher de la démocratie bourgeoise, se sont illusionnés. Tout a changé depuis Tien an Men, mais tout pourrait aussi recommencer demain.