Congo : le conflit entre l'Eglise et Joseph Kabila

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L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission Deux heures d'info
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Chaque jour, Vincent Hervouet traite d’un sujet international.

Au Congo, le bras de fer entre le pouvoir et l’Eglise. Hier, comme tous les mois désormais, les catholiques ont manifesté et la police a tiré.

C’est une histoire qui dérangera tous ceux qui veulent cantonner la religion à la vie privée. Cela se passe donc au Congo, cet état baleine planté comme un estomac au milieu de l’Afrique. Il y a deux constantes au Congo. C’est un scandale géologique, le sous-sol est prodigieusement riche. Et un scandale politique. Le Congo, c’est un far-West, mais avec un peuple dans la misère, le shérif ayant fait main basse sur la mine d’or.

Il y a quand même une constitution. Elle interdit au Président de faire plus de deux mandats. Quand son deuxième mandat s’est terminé, en décembre 2016, Joseph Kabila a gagné du temps. L’église à servir de médiateur. La conférence des évêques a négocié un compromis, des élections dans un an et le Président qui reste en place pendant la transition. Est arrivé ce qui devait arriver : la transition s’éternise. Au bout d’un an, les élections ont été reportées d’un an de plus…

C’est à ce moment que l’Eglise est passé du rôle de médiateur, à celui d’acteur.

A la veille du réveillon, pour l’anniversaire de cet accord de dupes, le comité laïc de coordination de l’archevêché de Kinshasa a appelé à des marches pour l’alternance… Le régime a envoyé ses gros bras. Ils ont encerclés les paroisses, interrompu les messes, pillé les troncs et face aux manifestants qui brandissaient leurs chapelets, ils ont tiré… 5 morts et six prêtres jetés aux oubliettes. C’est à ce moment-là que l’archevêque de Kinshasa est devenu le principal opposant au pouvoir.

C’est-à-dire ?
Il a dit : "Il est temps que la vérité l’emporte sur le mensonge systématique, que les médiocres dégagent, que règnent la paix et la justice."
Le dernier dimanche de Janvier, il a béni une nouvelle manifestation. De nouveau des fidèles qui brandissent leur chapelet face aux soldats qui tirent. Le bilan est monté à 15 morts. Hier, dernier dimanche de février, bis repetita. Des barrages de police, des tirs à balles réelles, deux morts de plus…et la censure à la chinoise, internet et SMS coupés.

 Qui est cet archevêque ?

C’est un intime du pape François, il fait partie du conseil des cardinaux qui l’entoure, le G8. A la chute de Mobutu, Laurent Monsengro avait présidé la conférence nationale, puis le Parlement de transition. Face au tyran, il est le seul acteur encore debout dans un pays où l’Eglise est la dernière institution, avec ses paroisses, ses écoles, ses dispensaires. L’église et l’état au Congo, c’est le pays réel face au pays légal.

Quel est l’enjeu pour l’Eglise ?

L’Afrique est le continent où il y a le plus de persécutions contre les Chrétiens. Mais c’est la jeunesse, l’avenir de l’église catholique. Il n’y a qu’à aller dans les paroisses parisiennes, on y trouve plus d’Africains que de Bretons.