Comment sauver le soldat Theresa May ?

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L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Vincent Hervouet traite d’un sujet international.

La crise au sein du Parti conservateur britannique. Le congrès qui vient de se tenir n’a rien réglé. Theresa May espérait se relancer et c’est le contraire qui s’est passé.

L’autre soir, Theresa May est montée sur la scène du congrès à Manchester comme on monte au combat. Sa peau en jeu, son maintien à la tête du pays. L’entourage avait annoncé le discours de la reconquête. Au premier rang, tous ses rivaux, les ministres perfides, les apparatchiks jaloux et le plus malveillant, Boris Johnson avec sa tête de sale gosse. Depuis quelques jours, il tresse des couronnes à Theresa. Evidemment, ce sont des couronnes mortuaires. Et c’est aux premières loges qu’il a assisté au naufrage du Premier ministre. D’abord, un inconnu a surgi et lui a remis une lettre de licenciement, les rieurs ont ri. Ensuite, sa voix l’a lâchée comme les électeurs l’ont lâchée au printemps. Elle s’est étranglée, a toussé, râlé, bavé, la fin du speech comme un calvaire pour toute l’assistance. Enfin, le slogan en fond de décor a commencé à se détacher, lettre par lettre, parfaite allégorie du discours politique auquel personne n’adhère. À moins que cela symbolise l’Europe en train de s’effriter.

Theresa May est quand même allée jusqu’au bout.

Il y a une forme de stoïcisme qui est l’honneur des hommes politiques. Des femmes en particulier. Quand tout va mal et qu’ils font face. Quand le pouvoir les lâche et qu’il n’y a rien à faire, que faire semblant. Les élus conservateurs ont d’ailleurs ovationné l’obstination de Theresa May, désormais Madone des Sans voix. Boris Johnson a du se lever pour l’applaudir. Mais les journalistes qui ne sont pas payés pour avoir de la compassion ont titré : le désastre, Theresa la poisse, une tragi-comédie, etc. Qu’importe qu’elle ait enchainé 28 interviews et 19 réceptions depuis le début du congrès. Un Premier ministre ne peut pas être une faible femme, il faut une lady en granit pas une faible femme…

Son sort est scellé ?

Il faut le vote de 48 députés conservateurs pour la faire tomber. Hier soir, on en comptait près de 39. Les conservateurs hésitent car on peut dire de Theresa May ce que Churchill disait de la démocratie, c’est la pire des solutions exceptée toutes les autres. Son maintien évite au parti d’éclater alors que le compte à rebours du Brexit s’égrène implacable. Bruxelles fait la même analyse et ne dit rien que la presse britannique puisse utiliser contre elle. L’Europe a fait tomber 3 premiers ministres de sa majesté : Margareth Thatcher, John Major, David Cameron. Mais elle sauve Theresa May.