"C’est comme si les Affaires étrangères servaient de maison de retraite aux dignitaires de la République"

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Vincent Hervouët vous parle international est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Vincent Hervouet traite d'un sujet international.

Ce matin, c’est la rentrée aussi au quai d’Orsay... Ceux qui représentent la France au bout du monde, ambassadeurs et consuls généraux abandonnent leurs postes et rallient Paris.

C’est un rituel depuis 25 ans. Leurs Excellences se retrouvent à la fin de l’été à la maison… Toute la semaine passée ensemble, on se met au courant, il y a des ateliers, des tas de discours (le ministre Le Drian évidemment, le ministre allemand des Affaires étrangères, c’est obligatoire, c’est l’Europe, le Premier ministre aussi veut parler du monde), on fait la tournée des bureaux, ça chahute dans les bus.
Cet après-midi, "speed dating" avec des centaines de patrons de PME, c’est moderne, un diplomate parle des langues exotiques et aussi le franglais… Et il n’est pas bégueule, c’est un fantassin de l’export, il s’occupe du Commerce extérieur et du tourisme, il est prêt à se salir les mains à Paris, cette semaine, il croise des journalistes, ce qui est périlleux. Il va aussi pleurer à Bercy, ce qui est périlleux et inutile.

Bref, ils complotent et ils font la fête…

C’est leur légende. Le clou ? Demain, cocktail à l’Elysée. Le Président leur délivre une feuille de route, grand discours, que dis-je une fresque sur l’ordre et les désordres de l’univers qu’ils écouteront d’autant plus attentivement qu’il a été écrit par les fonctionnaires les plus haut perchés du Quai. Chaque mot compte, la sémantique, c’est la matière première de la diplomatie, et pour être ambassadeur et le rester, il faut être dans la ligne, qui veut voyager loin et longtemps ménage sa superstructure.

C’est dur de durer
Les ambassadeurs sont stressés, c’est pour cela qu’ils mangent du chocolat, des rochers au chocolat. On compte une centaine d’ambassadeurs sur l’étagère, qui se morfondent en attendant une affectation. Record absolu.

La faute à qui ?

En partie au copinage politique. Les conseillers des ministres des derniers gouvernements socialistes se sont largement servis. Mais l’important est ailleurs. C’est le laminage constant des crédits. Les diplomates sont des gens trop bien élevés, pas du genre à claquer la porte comme le général Pierre de Villiers il y a un mois. Ils se laissent tondre, ils restent au garde à vous. Et le paradoxe, c’est qu’ils ont eu à leur tête depuis dix ans, trois anciens premiers ministres. Juppé, Fabius, Ayrault. C’est comme si les Affaires étrangères servaient de maison de retraite aux dignitaires de la République, avec un palais au bord de Seine, un jet à Villacoublay, un château pour le week-end à la Celle Saint-Cloud… Et pendant ce temps, les contractuels dégagent au bout de quatre ans dégoûtés, les énarques filent à Bercy où les sous-directeurs sont payés deux ou trois fois mieux.

Les militaires pleurent qu’ils ont trois fois rien pour faire la guerre. Les diplomates eux ont moins que rien pour faire la paix. Et c’est pour cela que le boulot n’est jamais fini, en Libye, comme en Syrie, en Irak ou au Mali, en Cote d’ivoire ou en Centrafrique…