Catalogne : une indépendance inexorable ?

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L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission Deux heures d'info
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Chaque jour, Vincent Hervouet traite d’un sujet international.

La grève générale en Catalogne et d’immenses manifestations pour dénoncer la violence policière. Le roi s’indigne mais le gouvernement régional devrait proclamer l’indépendance d’ici la fin de la semaine.

Les séparatistes ont gagné. Une campagne d’un mois, une guerre éclair.
L’image la plus évidente de leur triomphe, c’est la foules assiégeant hier les policiers de la guardia civil dans leurs hôtels, les municipalités obtenant des hôteliers qu’ils les expulsent et à Madrid, le Ministre de l’Intérieur aux abonnés absents. Cette débâcle ressemble à une révolution, quand l’État perd le contrôle de la situation.

Le Roi Félipé est sorti du silence pour fustiger l’attitude "irresponsable" des responsables catalans.

Trop tard, Majesté ! Il y a un mois, les indépendantistes ont voté le référendum par surprise, au mépris de toutes les règles, celle de la démocratie espagnole et celle de la Généralitat de Catalogne. Une opération commando, un coup d’état à l’intérieur même du parlement de Barcelone. Le coup d’État, cela devrait parler aux Catalans qui dénoncent sans cesse le franquisme mais tout s’est passé si vite, c’est passé comme une tonne de cannabis à la douane du Perthus. On peut bien répéter qu’il est illégal, un référendum paraît toujours légitime.
La brutalité de la police nationale a fait le reste. Elle donne raison aux Catalans qui voulaient voter et fait honte à ceux qui s’y refusaient. Elle valide la stratégie de la provocation des séparatistes. Mieux, elle légitime leur combat. A tel point qu’ils peuvent prétendre avoir obtenu 90% des suffrages, personne n’y croit mais comme dans les républiques bananières, nul n’ose les contredire.
La Catalogne n’est pas encore une république mais elle est bananière.

Et la suite ?

L’histoire est écrite. Les médias parlent d’un duel entre Madrid et les Catalans. De même, pour les violences. C’est le retour de Franco. Hier le Premier ministre Edouard Philippe a dénoncé des "images terribles", tout à l’heure le Parlement européen va en débattre, et il y a même le Haut-commissaire aux Droits de l‘homme de l’Onu, un prince jordanien qui réclame une enquête internationale. On n’ose pas conseiller à ce prince si charmant d’enquêter d’abord sur les violences policières ou l’impunité des tortionnaires dans son pays, mais on peut lui soumettre la liste des blessés en Catalogne. Des centaines de personnes ont été molestés. Des dizaines de policiers aussi. Heureusement, pas de morts. Mais au final, deux cas assez graves pour rester hospitalisés hier, un septuagénaire qui a fait une crise cardiaque et un homme qui risque de rester borgne après avoir pris une balle en caoutchouc dans l’œil. Deux blessés… On est en Europe, pas aux États Unis, en Afrique, en Chine, personne n’a laissé sa peau sur les barricades.
Qu’importe, la provocation a réussi au-delà de toute espérance. L’avenir est ouvert, les séparatistes l’ont ouvert au pied de biche, il est béant et ils sont prêts à sauter dans le vide. En entrainant derrière eux, la vieille Espagne et l’Europe aussi.