Catalogne : est-ce que Puyjedémont a reculé parce qu’il a eu peur ?

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L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission Deux heures d'info
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Chaque jour, Vincent Hervouet traite d’un sujet international.

Le discours du Président Catalan était très attendu hier soir à Barcelone. Il a déçu ses partisans. Il a en quelque sorte, proclamé l’indépendance mais il l’a suspendue.

L’ancien président du parlement européen, le socialiste Josef Borrell a eu le mot juste sur la Catalogne quand il a dit qu’il fallait éviter la tragédie et continuer la comédie.
Carles Puyjedemont a suivi le conseil.
On s’attendait à une corrida, l’hémicycle du parlement comme une arène, le Président de la généralitat face à l ‘histoire, et la mise à mort attendue de l’Espagne franquiste "une, grande et libre". C’est tragique une corrida. Mais Carles Puyjedémont n’a pas joué sa peau, il a joué un rôle. Il n’a pas regardé la mort en face, il a avancé en crabe. Il s’est beaucoup plaint de Madrid tout en feignant de tendre la main à l’état fasciste, il a entériné ce référendum digne d’une république bananière, 90% de oui pour l’indépendance, ben voyons, mais sans proclamer la République, rien ne presse.
Au début de son discours, il avait la voix qui tremble un peu, le souffle court, pas un toréador, on pensait plutôt à ceux qui courent dans les rues à la féria de Pampelune, ils jouent les fiers, ils défient les taureaux mais c’est pour rire.
En fait, cette tragicomédie catalane, c’est une télénovella, le feuilleton va continuer.

Est-ce que Puyjedémont a reculé parce qu’il a eu peur ?

Sûrement pas, les cata-libans comme les talibans rêvent du martyr. Le Président a d’ailleurs fait la litanie des persécutions, répressions, humiliations infligées par Madrid. Comme tous les nationalistes, il adore se victimiser. Et comme tous les révolutionnaires, il a déjà la liste des traitres susceptibles de saboter son beau rêve. Il a mis en garde les entreprises qui ne doivent pas effrayer la population, les médias qui ne doivent pas l’abuser, l’Europe qui doit s’impliquer. Et sur ce point précis, il a raison : il a été trahi.

Pourquoi ?

L’utopie de l’indépendance s’est estompée quand elle a semblé inéluctable, parce qu’alors, elle s’est heurtée à la réalité… Celle du marché, les entreprises ont commencé à déménager. Celle de l’opinion, la majorité qui est silencieuse tant qu’elle est intimidée, s’est rebiffée et elle s’est comptée en défilant dans les rues. Et puis enfin, la réalité de l’Europe qui est fondée sur l’Etat de droit, composée d’États-nations, l’Europe qui est fragile, qui est dirigée par des hommes de droite proche du parti populaire de Rajoy et pour toutes ces raisons, elle a refusé d’entrer dans le jeu des indépendantistes.
A Barcelone, le roi s’est retrouvé nu.

Il annonce l’indépendance mais demande le dialogue avec Madrid. De quoi peuvent-ils parler ?

À Madrid, Rajoy a tendance à temporiser, mais le parti populaire, les centristes de Ciudadanos, des caciques socialistes comme Félipé Gonzalès suivent une ligne dure. Comme le roi, ils veulent rétablir la légalité. Et ensuite, amender éventuellement le statut d’autonomie. De son côté, le pouvoir à Barcelone est en train de se recomposer. Puyje-démon vient de perdre le soutien des enragés de la CUp. Il peut récupérer l’appui de Podémos. Chacun va suivre sa logique. Ça peut durer un temps. Jusqu'à des élections peut être. A terme, pourtant, c’est bien le cadre constitutionnel espagnol, celui de 1978, qui devra se remettre en cause.