Birmanie : des militaires condamnés pour crimes contre les Rohingyas

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L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission Deux heures d'info
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Chaque jour, Vincent Hervouet traite d’un sujet international.

Décision de justice importante aujourd’hui en Birmanie.
Ce n’est pas le corporatisme qui incite à s’intéresser au sort de deux journalistes. Wa Lone et de Kyaw Soe Oo ne sont pas des reporters qui jouent à saute-frontières en se croyant au-dessus des lois et en distribuant des leçons de morale à la terre entière. Ce sont deux correspondants de l’agence Reuters à Rangoon.
Deux Birmans en prison depuis des mois, accusés d’avoir violé le secret d’État. En Occident, dévoiler l’interdit, c’est l’essence du métier. Un titre de gloire. C’est sans danger, cela peut rapporter gros.
A Rangoon, cela peut rapporter 14 ans de prison.
Les deux confrères ont enquêté sur le massacre de Rohingyas dans le village de Inn Dinn, en État Rakhine. Dix prisonniers exécutés de sang-froid. Les militaires  et les villageois bouddhistes les ont tués. Une bonne enquête avec les familles en deuil, le témoignage des tueurs et des forces de sécurité. Et le choc des photos : les dix Rohingyas menottés et à genoux. Et les mêmes dans la fosse commune, en vrac, couverts de sang.
La "détention de documents relatifs aux opérations des forces de sécurité" a jeté les deux agenciers en prison.
Le juge décide ce matin s’il les poursuit ou non.
Grosse pression sur le juge : l’un des avocats est Amal Clooney, l’épouse de George Clooney. Cela prouve que la liberté de la presse reste une bonne cause. What else ? Cela montre que l’image de la Birmanie est pire encore que sous la dictature.  
Personne n’accuse les deux journalistes d’avoir menti.
Au contraire ! Hier, sept militaires ont été jugés pour le massacre qu’ils ont révélé. Quatre officiers et trois soldats condamnés à dix ans de prison.
Évidemment, personne n’était au courant, le procès s’est joué à huis clos devant une cour martiale. Personne n’ira vérifier. Mais c’est la première fois que l’armée reconnaît des exécutions extra-judiciaires.
Elle prétend que ce sont des terroristes bengalis, pas des victimes d’une chasse à l’homme. Elle dit Bengalis pour signifier qu’ils sont étrangers et c’est un petit crachat supplémentaire dans la fosse commune.
La Birmanie continue de démentir avec véhémence qu’il y ait eu un nettoyage ethnique.
Dans démentir, il y a mentir.
Dans démenti, il y a dément.
Le rapatriement des Rohingyas prend du retard. Ce qui est embêtant parce que la mousson arrive et le Bengladesh va disparaitre sous les eaux. Une Allemande qui est chargée de l’humanitaire à l’ONU a passé la semaine dernière sur place. Sa conclusion, c’est que les conditions d’un retour volontaire, durable et dans la dignité des Rohingyas ne sont pas réunies.
Les autorités birmanes ont poussé des hauts cris: les bâtiments sont prêts. Les hôpitaux sont prêts. "Nous avons fait ce que nous pouvions. S’ils ne se sentent pas en sécurité, on n’y peut rien !"
Évidemment, c’est faux. Ils pourraient fusiller quelques généraux. Éventuellement, juger quelques magistrats. Il faudrait surtout, multiplier les enquêtes de terrain de l’agence Reuters.