Avion de chasse abattu au-dessus de la Syrie : une escalade dangereuse entre Israël et l’Iran ?

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L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission Europe matin
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Le ton monte en l'Iran et l'Etat hébreu. Dans son édito international, Vincent Hervouët revient sur les conséquences de l'avion de combat israélien abattu par l'armée syrienne samedi.

Un avion de chasse israélien abattu au-dessus de la Syrie, c'est le signal d’une escalade dangereuse entre Israël et l’Iran. L’histoire qui nous est racontée, c’est la provocation et les représailles, la colère d’Israël.

Que s'est-il passé ? Un drone ennemi survole le sud de Tibériade. L’armée israélienne l’abat et envoie en Syrie une volée de F16 détruire la base de lancement tenue par les Iraniens. Mission accomplie. Mais en rentrant, l’un des appareils est accroché par la DCA syrienne. Il s’écrase près d’un kibboutz de Galilée, et l’un des deux pilotes est grièvement blessé. Israël redouble ses bombardements sur douze cibles du système syrien de défense anti aérienne. Voilà la version servie par les agences de presse. Elle est vraisemblable mais il faut être prudent, car tout le monde ment. 

Une première dans le conflit. Les débris du drone, les restes du F16 éparpillés façon puzzle disent quand même une réalité. C’est la première fois depuis le début de la guerre en Syrie que les Israéliens affirment avoir attaqué des cibles iraniennes. C’est l’affrontement militaire le plus grave entre les deux ennemis. Et c'est la première fois aussi depuis très longtemps que l’armée israélienne perd un avion de chasse au combat. Comment expliquer ce revers ? Pour l'heure, une enquête a été ouverte. Au Proche Orient, Israël tient le ciel. Depuis que la Syrie a basculé dans le chaos, son aviation s’y promène comme elle patrouille au-dessus du Liban : on dirait que les pilotes sont à l’entrainement. A l’occasion, ils bombardent. On a dénombré une trentaine de raids. Des représailles après des tirs sur le Golan, des raids sur des objectifs syriens particulièrement ciblés, qu’il s’agisse d’armes chimiques ou de centre de renseignement… Enfin et surtout, des attaques contre le Hezbollah, pour détruire ses arsenaux, empêcher des livraisons d’armes, neutraliser son commandement… Toute une guerre secrète qui se laisse deviner, comme l’aileron laisse entrevoir le requin.

Trois, voire quatre guerres. La différence, c’est que l’Iran a gagné. L’Amérique et les Arabes du Golfe ont perdu. Depuis sept ans, les Israéliens se sont tenus à deux pas du brasier syrien. Ils ont pris soin de ne pas se laisser aspirer, laissant les autres s’y brûler les ailes. Il y a trois guerres en même temps : la guerre du régime à l’opposition sunnite (la dernière manche est en cours à la Ghouta) ; la guerre aux desperados de l’Etat Islamique (dénouement en vue) ; et enfin la guerre que la Syrie fait aux Kurdes qui ne pourra pas s’éterniser. Trois guerres, mais la quatrième sera la plus dangereuse : celle menée par Israël pour refouler l’armée chiite. Elle vient sans doute de commencer.

Le rôle à jouer de la Russie. Qui peut l’arrêter ? Peut-être Vladimir Poutine, à qui Benjamin Netanyaou a téléphoné hier. Il est même allé le voir au Kremlin, il y a quinze jours. Le président russe refuse que les Iraniens installent des bases permanentes en Syrie. Ni port, ni aéroport, pas de miliciens à demeure et pas d’usine de missiles au Hezbollah libanais… Aux Russes de faire accepter ces lignes rouges aux Iraniens. C’est beaucoup demander.