Angela Merkel est le plus grand politicien de sa génération

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L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Vincent Hervouet traite d’un sujet international.

Fin de campagne en Allemagne. Les derniers sondages donnent la CDU/CSU a 37%, 15 points de plus que son rival le SPD… Et l’AFD, le parti populiste à 11% des voix, ce qui en ferait la troisième force politique outre-rhin. 

C’est une campagne électorale aussi monotone qu’une traversée de la Poméranie, sous la pluie, en Trabant. La campagne la plus poussive au monde, sans couleurs, sans débat, sans suspens. Dimanche prochain, la reconduction d’Angela Merkel ne fait pas un pli. Le monde est trop incertain, Poutine grogne, Erdogan menace, Trump trumpétise, les Français sont fantasques, ajoutez le brexit et le terrorisme, alors les Allemands comme toujours, voteront pour la stabilité, le centre et la gravité, autrement dit pour Angela Merkel. L’Allemagne est une étrange démocratie où le patron se fait réélire pour la quatrième fois. Ailleurs, on envisagerait  un mandat à vie.

Et pourtant, il y a un suspens

A chaque fois, le même. La question subsidiaire. Avec qui va-t-elle gouverner ? On ne s’en fiche pas tout à fait, car si les sociaux-démocrates à la ramasse décident de faire une petite cure d’opposition, le vieux parti libéral va retrouver son strapontin au pouvoir, Emmanuel Macron pourra dire adieux à ses rêves fédéraux, on en reparlera, les palabres vont prendre des mois

De toute façon, la gauche a perdu

Elle a gagné ! Il y a deux gauches en Allemagne, dont l’une s’appelle la droite. Angela Merkel a tellement recentré la CSU/CDU qu’elle en a fait un clone du SPD. Lors du débat télévisé, elle était d’accord sur tout avec son adversaire : l’Europe, les migrants, l’économie, l’environnement, ce n’était plus un duel mais un duo. A la sortie Martin Schultz était écœuré, Merkel lui avait piqué toutes ses idées.  C’est sa tactique : étouffer l’adversaire. Elle a liquidé la filière nucléaire quand les verts avaient le vent en poupe. Elle a fait voter en juin le mariage entre homosexuels qui était la grande trouvaille du programme socialiste. Evidemment, en chemin, Angela a bazardé toutes les valeurs de la droite, le dogme libéral et les références chrétiennes. On pourrait croire que cette opportuniste n’a aucune conviction. Elle s’en défend. Elle a fait adopter le mariage gay mais elle a voté contre, "à titre personnel ". C’est Tartuffe. Elle n’a confiance qu’en elle.

Les électeurs suivent le mouvement

Oui et non, parce que ce cynisme d’appareil a laissé un espace où s’est engouffré un parti populiste. La droite a perdu son ADN, l’AFD l’a ramassé dans le ruisseau. AFD, Alternative pour l’Allemagne, c’est la droite radicalisée. Leur slogan : "Allemagne, aie confiance en toi". La semaine dernière, l’une des vedettes du parti est passé à l’acte, expliquant que les Français étaient fiers de Napoléon, les Allemands avaient bien le droit d’être fier de l’armée allemande. Pas la bundeswerh, la Wermarch du 3° Reich. Scandale évidemment. C’est toujours dangereux d’avoir trop confiance en soi, on se perd de vue, on perd la mémoire.