Angela Merkel choisit sa dauphine pour mieux l'étrangler

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L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission Deux heures d'info
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Chaque jour, Vincent Hervouet traite d’un sujet international.

Depuis ce matin, les sociaux-démocrates allemands votent. Les 463.000 adhérents du SPD doivent donner leur accord au contrat de coalition avec la droite. Ils tiennent le sort d’Angela Merkel entre leurs mains.

Et on sent la panique qui gagne ! Et on entend les couteaux qui s’aiguisent. Résumons. A gauche, le parti est divisé en deux. 51% sont pour la reconduction de la grosse coalition, 49 contre la Groko. Les plus jeunes sont les plus batailleurs. Ils refusent quatre ans de plus d’une cohabitation délétère qui a provoqué une bérézina électorale. D’ailleurs, elle continue : un sondage publié hier donne le SPD à 15 points, derrière les populistes de l’AFD à 16.

La révolte du parti a privé Martin Schulz des Affaires étrangères et l’a mis à la retraite où il médite sur la dureté d’une campagne en Allemagne comparée à la vie émolliente du parlementaire à Strasbourg. Evidemment, c’est plus dur avec des électeurs qui votent, des militants qui gueulent, un peuple auquel il faut obéir.

Contestation aussi à droite

Un rejet du SPD, déclencherait une crise immédiate, forçant la chancelière à la démission ou à la dissolution. La contestation à droite est moins urgente mais plus profonde. D’abord, on y grogne contre les concessions faites aux socialistes qui ont obtenu cinq ministères, y compris et surtout les Finances. C’est beaucoup pour des gens qui ont perdu les élections. N’est-ce pas trop ? Derrière la plainte, on entend la Jeune garde qui piaffe contre le système Merkel, ce n’est pas encore cette fois que les quadras seront ministres.

La succession est ouverte!

Angela Merkel n’est plus invincible, bientôt elle sera insupportable. Pour gagner du temps, elle s’est trouvé une dauphine, une sorte de clone qui sévit en Sarre, une femme évidemment. Annegret Kramp-Karren-bauer gouverne le plus petit des Landers. Modeste, dure à la tâche, puritaine. Depuis quinze jours, toute la presse désigne cette doublure comme l’héritière. Hier, Angela Merkel a donné raison aux gazettes en la hissant au Secrétariat général du parti.

Elle est numéro deux. Mais elle pourrait le rester : quatre ans, c’est long. Demandez à Papa Shultz, il s’est usé en 9 mois. Les placards d’Angela Merkel sont pleins comme ceux de Barbe bleue, avec les cadavres de ses rivaux qu’elle a étouffés sous les baisers qui tuent.

Pas de relève évidente. C’est le problème?

Le problème de l’Allemagne, c’est l’épidémie qui sévit en Europe : la révolte du peuple contre les élites. Les Britanniques se sont offerts le Brexit. Les Français ont passé par-dessus bord les vedettes des palais nationaux, les Espagnols ont voté deux fois, en vain, les Italiens sont dans l’impasse.

Comme si l’Europe accélérait l’usure de la classe politique. Ça ne laisse aux Allemands qu’un choix impossible entre une groko qui démontre que la gauche et la droite mènent la même politique et le chaos qui offrirait aux populistes de l’AFD l’occasion de prouver qu’ils sont une force de renouvellement.