Ambassadeur de bonne volonté à l'OMS : la nomination de Mugabe finalement annulée

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Vincent Hervouët vous parle international est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Vincent Hervouet traite d’un sujet international.

La nomination de Robert Mugabé, le dictateur du Zimbabwe, comme ambassadeur de bonne volonté de l’Organisation mondiale de la Santé, a provoqué un tollé qui a forcé l’OMS à faire machine arrière.

C’est rare qu’un ambassadeur soit viré trois jours après avoir été nommé. Surtout un ambassadeur de bonne volonté, titre honorifique distribué à des milliardaires dont l’onu attend un peu de pub. Mais la vraie surprise, c’est de prêter une quelconque bonne volonté à Robert Mugabé. Cela fait quarante ans que le Président du Zimbabwé manifeste la plus mauvaise volonté du monde, c’est l’affreux jojo planétaire, le vieillard le plus indigne du continent où il y a pourtant forte concurrence en tyrannosaures.
Et ça a commencé dès l’indépendance, négociée à Londres du temps de Margareth Thatcher pour donner à la Rhodésie un "nouveau départ". Sitôt au volant, Mugabé met le pied au plancher, mais pas dans la direction prévue. Il rebaptise le pays Zimbabwé, instaure le parti unique et traite les droits de la tribu blanche à peu près comme l’Algérie indépendante a traité les accords d’Evian, les Harkis et les pieds noirs. Les fermes ont été confisquées et le pays qui était un grenier à blé importe désormais des céréales.
Mugabé n’a jamais essayé de se faire aimer des Blancs. C’est même le contraire. Il cherche à choquer les Anglo-saxons. Il dit qu’il admire Hitler ou que les Anglais sont la lie de l’humanité parce qu’ils sont tous homosexuels. Et ça marche, il est devenu une vedette en Afrique où l’on admire qu’il soit vieux, riche et raciste. Et ça marche encore mieux au Commonwealth, à Washington, à Bruxelles qui l’ont interdit de séjour.
Mugabé est infréquentable au nord et intouchable au sud.
Et c’est bien parce que le tout nouveau directeur de l’OMS est un ministre venu d’Ethiopie qu’il a léché les pieds de Mugabé sans mesurer ce que ces flatteries allaient provoquer à Washington.

Il l’a nommé pour aider à la lutte contre les maladies non transmissibles.

Pour le cœur et pour l’asthme, le Zimbabwé s’en sort pas si mal. C’est peut être dû à l’altitude ? Pas au système de santé qui a été nationalisé et qui est aussi performant qu’un service d’urgence dans la France périphérique. D’ailleurs Mugabé lui-même se fait soigner à Singapour. La CIA lui a diagnostiqué un cancer de la prostate.
Cela dit, 92% des habitants savent lire et écrire, l’université est la meilleure d’Afrique, après le Kenya, il y a une élite hors du commun… On ne peut pas en dire autant de l’Afrique francophone. Du Cameroun ou Paul Biya règne depuis 35 ans, au Togo que la famille Gnassimbé exploite depuis 50 ans, deux trônes qui vacillent en ce moment. Sans que personne ne songe à proposer à l’un ou à l’autre de devenir ambassadeur.

Mugabé va donc se représenter l’an prochain.

Il sera réélu, bien sûr. Il veut rester jusqu’à 100 ans. Même quand il sera mort, les gens voteront pour lui, dit sa femme.