Allemagne : quelles conséquences pour l'Europe et pour Emmanuel Macron ?

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L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission Deux heures d'info
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Chaque jour, Vincent Hervouët traite d’un sujet international.

L’impasse politique en Allemagne. Angela Merkel se dit prête à des élections anticipées, s’il le faut. Mais elle n’a pas réussi à former une coalition et cet échec la remet directement en cause.

Angela, fille de pasteur, est punie par où elle a pêché. Il y a deux ans, en ouvrant les bras aux migrants, elle a provoqué une crise morale et politique dont l’Allemagne ne s’est toujours pas remise. L’Europe non plus d’ailleurs. C’est encore sur la question des migrants que s’est fracassée la majorité de bric et de broc dont elle tentait patiemment de tirer un programme de gouvernement.

L’immigration aurait cristallisé l’opposition entre les écologistes, les conservateurs et les libéraux.

Les Bavarois de la CSU ruminent leur score lamentable aux législatives. L’électeur leur garde rancune de l’année de chaos qui a suivi l’arrivée des migrants, notamment avec les campements de fortune aménagés dans les équipements publics, genre salle de gym ou les écoliers passent d’habitude leurs après-midi. C’est sur cette colère que prospère l’Alliance pour l’Allemagne, la nouvelle droite anti-islam, anti-immigration, anti système.
La CSU exige donc que l’accueil soit plafonné à 200.000 réfugiés par an, (200.000 quand même), et que le regroupement familial qui a été provisoirement suspendu en Allemagne le reste. Après les bras ouverts, c’est plutôt les bras croisés et les yeux grands ouverts.
En face, les Verts refusaient de transiger sur le droit d’asile et le regroupement familial. Les Verts, forcément vertueux. Des semaines d’inventivité sémantique ont permis de forger une formule qui montre que l’Allemagne reste la patrie des philosophes subtils et de la dialectique. Elle prévoit une limite mais "perméable" (au cas où…), une limite fixée à 200.000 réfugiés par an. Voilà pour les Bavarois. Mais cette limite ne tient pas compte du regroupement familial, ni du droit d’asile, voilà pour les écolos. Dire une chose et en même temps, annoncer son contraire et se flatter des deux à la fois, c’est beau comme une motion de synthèse à la sauce hollandaise. A y bien réfléchir, les Libéraux l’ont trouvé ça indigeste. Ils ont claqué la porte. Ils passent pour des saboteurs.

Ils ont délibérément provoqué une crise politique comme l’Allemagne n’en a jamais connue depuis 70 ans.

Les traitres avaient prémédité leur coup. Bien sûr, on leur prête d’affreuses raisons électorales. Mais le gouvernement aurait été un souk, en palabres permanentes.
Et puis, les calculs électoraux ne sont pas méprisables. La crise migratoire a ouvert les portes du Bundestag (et les esprits aussi) à une centaine de députés qu’on verrait bien défiler aux flambeaux, comme au bon vieux temps.
Les Libéraux veulent rattraper les électeurs tant qu’il est temps. Angela Merkel elle ne songe qu’à durer. Si possible plus longtemps que son mentor, Helmut Khol. Celui qu’elle avait trahie. Elle se prépare à connaître la même fin pénible. On est toujours puni par où on a péché.