Puy-de-Dôme : des couteaux "moches" vendus comme "gueules cassées"

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Made in France est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1
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Anicet Mbida nous présente chaque matin les plus belles inventions françaises.

Puy-de-Dôme : des couteaux "moches" vendus comme "gueules cassées"

On connaissait les fruits et légumes moches, les fameuses « gueules cassées ». Désormais, le mouvement s’étend aux produits non alimentaires. Les premiers sont les couteaux de cuisine et les couverts de la marque Déglon. Cette société familiale est installée depuis 1921 à Thiers, la capitale de coutellerie. 70% des couteaux fabriqués en France viennent de Thiers en Auvergne, dans le Puy-de-Dôme (63).

Déglon s’est spécialisé dans les couteaux haut de gamme. Son contrôle qualité est donc plutôt strict. La moindre rayure sur la lame, la moindre tâche sur le manche et le couteau se retrouve déclassé.

Mais cela faisait mal au cœur au patron de les jeter. Alors pendant plusieurs années, il les a entassés dans un coin de son usine. Jusqu’au jour où il a contacté le collectif des « gueules cassées », pour les revendre à petits prix, comme les fruits moches.

Il y a 6 ans, Déglon avait tenté de les revendre lui-même en déstockage. Sans succès. Personne ne voulait acheter des couteaux présentant des défauts.

Aujourd’hui, les mentalités ont évolué. On achète responsable, prêt à éviter le gaspillage. Surtout, avec l’étiquette des gueules cassés, il y a l’assurance qu’une partie de l’argent sera reversé à des associations caritatives. Et là, ça marche !

Déglon espère maintenant ouvrir la voie à d’autres industriels. Qu’ils ne jettent plus de produits parfaitement aptes à la consommation. Car il faut le savoir : chaque année, l’équivalent de 400 millions d’euros de produits neufs (non alimentaires), est détruit à cause d’un petit défaut esthétique ou d’un simple changement de packaging. Le gaspillage n’est pas qu’alimentaire il est aussi industriel.

Même si cela reste confidentiel, les entreprises peuvent également donner ces produits aux associations. C’est le cas, par exemple, pour les produits de première nécessité : dentifrice, couches, savon, etc. Mais cela n’a pas vraiment de sens sur du haut de gamme. Sans oublier le risque de concurrence avec le marché de l’occasion. C’est pourquoi les industriels préfèrent un déstockage « responsable » comme les gueules cassées.

On le rappelle, ce concept a été inventé en France. Aujourd’hui, il est exporté en Europe, au Japon et aux Etats-Unis. Et désormais il est étendu au non-alimentaire par la coutellerie Déglon. On espère que d’autres suivront.