Monsieur le ministre de l'Éducation, ne pas considérer le plaisir dans l’apprentissage de la langue, ne serait-ce pas une vraie faute de français ?

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Lettre ou ne pas lettre est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque vendredi, Michaël Hirsch nous fait partager une lettre adressée à une personnalité ou une institution qui fait l'actualité.

Ce vendredi, Michaël Hirsch a décidé d’écrire au Ministre de l’Éducation Nationale.

Cher Jean-Michel Blanquer,

Ça y est, enfin, la dictée quotidienne est de retour ! Et il était temps, Monsieur le Ministre, de remettre les points sur les i et les barres dans les Q !
Car à l’heure des ordinateurs et du langage SMS qui annoncent la mort aux trousses, rien de tel que la dictée quotidienne, ce bon vieux remède de grammaire !
Et ce n’est que par l’autoritarisme orthographique, par le biais d’une bonne dictéeture, qui transformera nos écoles en maison de correction, que nous purgerons l'ignorance crasse de cette jeunesse qui ne sait même plus soigner ses mots !

Ah ce que ça fait du bien et ce que c'est rassurant, pour nous autres adultes, ce Système Blanquer où tout se chiffre, se note, et où le mauvais élève, que dis-je l’incapable, l’idiot, qui enchaine les zéros en dictée, finira même par avoir peur de son nombre !

Mais n’y-a-t-il rien de plus froid que l’orthographe, Monsieur le Ministre ? Rien de plus glaçant que de transmettre une langue en commençant par ses règles et ses interdits !?

Je suis, je l’avoue, un traumatisé de la dictée, et à votre annonce de mardi, Monsieur Blanquer, je me suis revu transi de peur, mis aux bancs de l’école, attendant qu’on me remette en dernier ma copie affublée de ce zéro… Ah, longtemps, je me suis senti si nul d'enchaîner les perles orthographiques, que je m’étais convaincu d'être l’écolier de nouilles !
Et puis heureusement, à l’âge de 16 ans j’ai découvert Raymond Devos, et grâce à lui j’ai compris que notre langue n’était pas une somme d’interdits mais un terrain de jeu merveilleux !

Car oui, la joie dans les mots, c’est possible. Et sans ce rayon de soleil dans ma vie je serai devenu une éclipse scolaire.

C'est l’expression orale avant-tout, et le plaisir de s'exprimer, Monsieur Blanquer, qui transforme nos mots-ribbons, nos mots-notones, en mots-lierres ! Qui fait du Français une langue vivante et vivace, qui nous permet de grimper et de franchir les murs que certains veulent ériger entre nous.

Alors Monsieur le Ministre, ne jamais considérer le plaisir dans l’apprentissage de la langue, ne serait-ce pas ça, une vraie faute de français ?

Tendrement,
Michaël