Chers bizuts de France et de Navarre

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Lettre ou ne pas lettre est une chronique de l'émission Europe 1 bonjour
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Chaque jour, Michaël Hirsch nous fait partager une lettre adressée à une personnalité ou une institution qui fait l'actualité.

Michaël Hirsch a décidé d’écrire à une partie de la communauté étudiante.

Chers bizuts de France et de Navarre,

On parle beaucoup ces jours-ci de bizutage, et peut-être fallait-il qu’on s’étripe à Caen pour enfin évoquer cette drôle de mode, et que ça vienne d’une fac de médecine, pour que ça nous file à tous un sacré coup de blouse.

Mais qui n’a pas rêvé, jeune étudiant déboussolé, et seul au milieu de ces centaines d’autres, de se sentir accepté par les anciens ?

Moi-même, j’avoue, j’avais tellement envie de faire partie de la bande des cools que j’étais prêt à boire la tasse. Tellement envie de rejoindre cette grande clique, que je voulais bien me prendre une petite claque. Bon c’est vrai je sortais tout juste du lycée, j’étais encore un bizutnours.

Et de bon cœur, les mains attachées dans le dos, on gobe le plus de crèmes caramel possible pour pas finir en rond de flan. On se met à vendre des feuilles de papier toilette dans la rue, pour affirmer nos besoins PQ niais.

Et notre bizuteur nous fait faire des courses de sacs et puis porter ses sacs de courses. On se tatoue son prénom sur les fesses pour faire bonne impression. On rêve qu’on l'épate en se mettant des nouilles dans le slip. Le pire dans tout ça c’est que la plupart du temps, on est consentant même en se sentant con.

Arrive alors par exemple, le week-end d’intégration. La bière coule à flots. Et pour celles et ceux qui ne veulent jouer le jeu qu’à demi, il y a toujours de quoi mettre la pression.

Et puis parfois les blagueurs deviennent des plaisantristes, qui ne font plus rire personne. Et sous l’argument du "allez on rigole", en fait, on humilie jolie, et dans ces moments-là, il y a vraiment puéril en la demeure.

Au départ, on voulait juste faire partie d’une famille et on finit par accepter les pires infamies.

Alors ça remonte à Caen dira-t-on, tous ces qu’en-dira-t-on, mais en réalité ça fait des années que ça dure. Dans ce pays, c’est devenu normal de génération en génération de se rendre sévices les uns les autres.

Alors parlons-en de ces mauvaises conduites, et n’attendons pas de voir quelqu’un dépasser mille fois les bornes pour se sentir las du violent.

Tendrement,

Michaël