"Cher serveur du café d'en bas, tu as peur de trinquer en étant gentil ?"

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Lettre ou ne pas lettre est une chronique de l'émission Europe 1 bonjour
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Chaque vendredi, Michaël Hirsch nous fait partager une lettre adressée à une personnalité ou une institution qui fait l'actualité.

Michaël Hirsch a décidé d’écrire à celui qui vous fait tout le temps payer l’addition.

Cher garçon de café de la brasserie d’en bas de chez moi,

Si je t’écris aujourd'hui, cher garçon de café, c’est parce que c’est la journée de la gentillesse, et ce matin t’avais pas du tout l’air d’être au courant.
Les autres matins non plus d’ailleurs. Mais justement, un peu comme certains goujats avec la St Valentin, il t’aurait suffi d’être sympa une fois pour toute l’année. Et t’aurais pu te sentir débarrassé ! Et pour un serveur débarrassé !

Alors cher serveur, quand tu m’as tendu mon espresso tiède, t’étais tellement froid, que j’ai eu l’impression que t’avais l’humeur du Nord pour dernier terrain vague.

Pourtant, moi je sens que même si t’y mets pas vraiment les formes, t’as un bon fond.
Le problème, peut-être, c’est que t’es comme tout le monde, t’as peur d’être trop gentil.
C’est bizarre cette peur ! Les beaux, eux, ils n’ont jamais peur d’être trop beaux, les communistes d'être trotskistes et les hommes des cavernes, d’être troglodytes.

Alors qu’est-ce qu’il se cache derrière cette peur archaïque ?

Ben oui, voilà, déjà on confond trop souvent le gentil avec le débile. Et toi cher serveur, tu crains que les gens bons soient pris pour des cornichons. Et qu’au milieu de tout ça, tu te sentes pris en sandwich. Comme si c’était pas sain d’être sympa.
Comme si en servant un verre avec le sourire, c’est toi qui allais finir par trinquer.

Parce que les gentils passent souvent pour des faibles. Des gens qui sourient à la vie, mais qui trop souvent s’écrasent.
Des carpettes diem.
Des gens qu’on jette comme des vieux débris. Des gentils quittés.
Alors parfois, à force d’encaisser la violence des autres, ils finissent par péter les plombs.
Gentil social tu perds son sang froid !

Et si on profitait de cette journée de la gentillesse pour se refaire une bonté et montrer notre vrai visage ?
Qu’on accepte qu’être gentil, c’est pas de la bêtise, ni de la faiblesse, mais l’intelligence de sortir de sa zone de con fort.

Car même si l’aigreur est humaine, n’attendons pas que le fiel nous tombe sur la tête pour devenir un rayon de soleil pour soi-même et pour les autres, un peu comme le gentil cyclone des Açores...

Tendrement,
Michaël