Pourquoi n’arrive-t-on jamais à relire les ordonnances des médecins ?

  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
Les pourquoi est une chronique de l'émission Europe matin
Partagez sur :

Chaque matin, Philippe Vandel répond à un pourquoi de l'actu.

Avec l’affaire du Levothyrox, ce sujet est dans l’actu. C’est le grand classique des ordonnances : vous essayez de la relire et vous vous dites : "Mais qu’est-ce qu’il a écrit ?" On a l’impression le lire un test de graphologie pour Faites entre l’accusé. Impossible de savoir quel médicament prendre. Si le pharmacien n’avait pas noté ce qu’il fallait sur les boîtes, on serait incapables de prendre correctement notre traitement. "Avoir une écriture de médecin" est même devenu une expression.

C'est une coquetterie ? Ou alors ils ne souhaitent pas qu’on comprenne ce qu’ils écrivent ?

Pas du tout. Les médecins laissent courir la plume car ils s’adressent d’abord à un autre professionnel. Ils savent que leurs pattes de mouches vont être comprises du collègue, car les traitements et les noms des médicaments sont parfaitement connus des pharmaciens. Ils ont d’autant moins besoin de noter le mot en entier, qu’ils piochent dans un glossaire limité.

Par exemple, si le pharmacien parvient à déchiffrer un D un O un L suivis d’un I, il devine que c’est du Doliprane. Les marques DOLOPRANE ou DOLIPRATE n’existent pas. Alors que dans le vocabulaire du français courant, il suffit de changer une seule lettre pour modifier totalement le sens d’un mot. Par exemple, il existe un "raté", un "pâté" et un "pavé", ou alors "voiture" et "toiture". 

En outre, la personne qui lit les ordonnances, le pharmacien, est un professionnel qui a fait six ans d’études minimum. Il connaît le contexte de la maladie. Il y a donc peu de risques pour qu’il donne des suppositoires pour soigner une conjonctivite. De plus en plus de médecins utilisent un ordinateur où ils n’ont plus qu’à cocher dans une liste le médicament qu’ils veulent. On gagne en clarté ce qu’on perd en pittoresque.