Vague de contestation en Grande-Bretagne, embrasement en République Démocratique du Congo : les experts d'Europe 1 vous informent

SAISON 2016 - 2017
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Axel de Tarlé, Géraldine Woessner et Sophie Larmoyer font le point sur l'actualité du jour.

Axel de Tarlé, expert économie

Non, la France n'a pas le monopole de la Grève ! La Grande Bretagne est sous le coup de toute une série de grèves qui menace les vacances de Noël de nos amis anglais.

Ce n'est pas le moment d'aller en Angleterre. Grève dans les aéroports, grève à la Poste, grève dans le train qui paralyse la vie de 300 000 passagers qui font la navette dans le grand Londres. 

Mais, on pensait que les Anglais ne faisaient quasiment jamais "grève" ?

Je vous rassure, ils sont toujours loin derrière nous. En Grande-Bretagne, on compte 23 jours de grève pour 1 000 salariés. En France, on est à 140, 6 fois plus ! Mais la contestation progresse. D’une part, parce que la nouvelle Premier ministre Conservatrice, Theresa May, a libéré la parole protestataire avec son discours très social. Elle se présente comme l'élue du parti des travailleurs et  non plus comme le parti du monde des affaires, de la City... Elle a légitimé la contestation. Et puis, surtout, il y a un gros problème de pouvoir d'achat depuis le Brexit. La livre, la monnaie anglaise, a perdu 14 % de sa valeur face au dollar. Donc, le pétrole par exemple, qui s'achète en dollars est 14 % plus cher. Or, les salaires ne suivent pas...

Donc, la contestation est plus grande, mais on est en Grande-Bretagne, il y a toujours un brin d'humour. En Grande-Bretagne, on parie sur tout. Il y a une grande chaine de bookmaker qui a ouvert des paris sur le prochain secteur qui sera en grève avec ce slogan : "La Glorieuse Grande Bretagne post Brexit fait de son mieux pour concurrencer les grévistes français." Même dans la contestation, on garde une note d'humour et de détachement so British !


Sophie Larmoyer, experte internationale

C’est une période à haut risque qui s’ouvre dans le plus grand pays d’Afrique noire, la République Démocratique du Congo car aujourd’hui s’achève le mandat du président Joseph Kabila. Mais aucune élection n’a été organisée pour désigner son successeur.

Cette présidentielle a été reportée à avril 2018, dans un an et demi ! Et en attendant, Joseph Kabila, qui est président depuis 15 ans, entend se maintenir au pouvoir. Sa réélection, en 2011, avait été marquée par des fraudes massives. Donc l’annonce, il y a 3 mois, du report du scrutin présidentiel, a exacerbé les tensions : de grandes manifestations populaires avaient eu lieu à Kinshasa, la mégapole capitale. Manifestations réprimées, il y avait eu une soixantaine de morts. Et beaucoup craignent que la population, qui ne veut plus de Kabila, sorte à nouveau dans les rues.

D’ailleurs le Quai d’Orsay déconseille tout voyage en RDC à compter d’aujourd’hui…

Et la Belgique a recommandé à ses ressortissants de quitter le pays dès que possible. De nombreux signes témoignent de la tension extrême du moment : des blindés de la Garde républicaine depuis samedi près du Palais présidentiel, des policiers en armes partout dans la ville… Et puis les opérateurs internet ont été priés de filtrer ou couper les réseaux sociaux cette nuit,  à partir de minuit. Les habitants ont fait des provisions de nourriture et d’essence. Il y a un vrai risque d’embrasement, la colère monte notamment dans les quartiers populaires de Kinshasa.

Pourtant il y a une négociation entre le pouvoir et l’opposition, ils se parlent !

Oui il y a une médiation de la dernière chance, menée par l’Eglise catholique, elle a échoué jusqu’ici à mettre en place une période de transition. Les discussions pourraient reprendre mercredi mais c’est un dialogue de sourd. Et la population s’impatiente. La RDC c’est un immense pays, extrêmement riche de ses matières premières mais où la population vit dans une misère terrible : 2 tiers des Congolais survivent avec moins de 2 dollars par jour. C’est une cocotte-minute, la RDC où personne n’a oublié les guerres civiles qui ont tué plus de 5 millions de personnes depuis la chute de Mobutu en 97 et 2003.


Géraldine Woessner pour le Vrai faux de l'info

Le Vrai-Faux de l’Info, avec les pistes d’économies de Bernard Accoyer.

Le soutien de François Fillon, par ailleurs médecin à la ville, regrette qu’on laisse filer les déficits, en ne luttant pas assez contre la fraude, selon lui. “ On laisse des pans entiers, je pense à la fraude contre les cartes vitales, filer !”

On a laissé filer la fraude aux cartes vitales. C’est vrai ou c’est faux ?

On dira que c’est très exagéré. Les fraudes à l’assurance maladie augmentent c’est vrai, de façon régulière : elles ont représenté 231 millions d’euros l’an dernier, en hausse de 48% depuis 2010. Surtout parce que la lutte, est plus efficace, et contrairement aux idées reçues, la fraude à la carte vitale ne représente qu’une petite partie de ce montant.

On ne connait pas encore le détail des fraudes pour 2015, mais la lecture du rapport de la direction nationale de lutte contre les fraudes pour l’année précédente est instructif : la moitié de ces fraudes, 49% exactement, ont été commises par des professionnels de santé : ce sont des infirmiers, des médecins, qui remplissent des feuilles de soins fictives, des transporteurs qui gonflent leur kilométrage, ou des pharmaciens qui se font rembourser  des médicaments qu’ils n’ont pas vendus. Une fraude qui n’a donc rien à voir avec la carte vitale. Les autres grands fraudeurs, ce sont les établissements de santé : 27% de la fraude totale. Là ce sont souvent des actes facturés au-dessus de leur vrai tarif.

Donc si on vous suit bien, les  3/4 des fraudes sont commises par des professionnels ?

Exactement. Et de celles qui concernent les particuliers, il faut retrancher les fraudes aux indemnités journalières, quand on se déclare malade, alors qu’on ne l’est pas. Les fraudes à la carte vitale elle-même ne représentent qu’environ 2% du total, au maximum 4 millions d’euros. C’est une estimation, car on n’a pas de statistique. A rapprocher tout de même des 178 milliards de dépense de l’assurance maladie.

Attendez, vous voulez dire qu’on ne sait pas précisément combien il y a de fraudes à la carte vitale ?

Non. La dernière enquête de l’IGAS remonte à 2004, et depuis on parle un peu dans le vide. Il y a peut-être beaucoup plus de fraudes que celles dont je vous parle, qui ne sont que les fraudes détectées, en fait on n’en sait rien. Et c’est pour cela que les législateurs repoussent systématiquement les propositions de créer des cartes vitales biométriques. Ça coûterait extrêmement cher pour un bénéfice qui reste à évaluer… Sans compter que la donne a changé tout de même en 10 ans : avec la mise en place d’un système d’opposition pour les cartes vitales déclarées perdues. Je vous rappelle qu’il y en a aujourd’hui 55 millions en circulation.

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