Reprise des chantiers STX de Saint-Nazaire et frontières flexibles de Google Maps, les experts d'Europe 1 vous informent

SAISON 2016 - 2017
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Anne-Laure Jumet et Isabelle Ory font le point sur l'actualité du jour.

>> L'économie avec Anne-Laure Jumet : la reprise des chantiers STX

Les chantiers navals de St Nazaire sont ils sauvés ? En tous cas une société italienne vient de se porter candidate à la reprise de STX France. Les candidats ne sont pas bousculés au portillon puisque c'est la seule offre qui a été soumise au tribunal sud-coréen chargé d'examiner le dossier (la maison mère de STX est un groupe coréen en redressement judiciaire). Un néerlandais et un chinois avaient manifesté leur intérêt mais ils ont finalement jeté l'éponge et c'est une surprise car à Bercy, on s'attendait à au moins deux ou trois offres.

Celui qui reste en lice c'est donc Fincantiéri, l'un des fleurons européens de la construction de paquebot, un concurrent de STX, qui emploie 20.000 salariés et est détenu par l'Etat italien. Un profil qui peut paraître rassurant, mais il y a quand même des inquiétudes car l'italien a créé une société commune avec un chinois, ce qui alimente les craintes de transfert de technologie.

Du côté de l'Etat, qui détient un tiers du capital des chantiers de St Nazaire, on ne commente pas pour l'instant l'offre italienne, mais il l'a répété ces derniers mois : pas question d'accepter une offre qui serait contraire aux intérêts français. Alors il a un atout dans sa manche : le décret Montebourg qui permet de s'opposer à une prise de contrôle qui ne serait pas conforme aux intérêts nationaux. Les chantiers de St Nazaire peuvent en effet être considérés comme une activité stratégique car ils construisent des navires de croisière mais aussi des bâtiments militaires. Si la France voulait construire un nouveau porte-avions, et bien ce serait à St Nazaire, donc le dossier regardé comme le lait sur le feu à Bercy.

Le secrétaire d'Etat à l'industrie est en contact avec son homologue coréen et a aussi reçu l'ambassadeur de Corée en France. Il leur a dit que le gouvernement ferait tout pour protéger son champion tricolore. Un champion car, si la maison mère est en faillite, le carnet de commandes est bien garni ! Il y a du travail jusqu'en 2026 ! Juste avant Noël, le groupe a engrangé deux grosses commandes : cinq navires de croisière pour un montant de 4 milliards d'euros, soit 35 millions d'heures de travail. Et au total ces nouvelles commandes vont porter à 75 millions le nombre d'heures de travail pour STX France. Donc tout va bien sur le papier. Ce qu'il faut maintenant c'est lever toutes les incertitudes sur l'avenir des chantiers.

>> L'international avec Isabelle Ory : Google et ses frontières... flexibles

Google Maps, le moteur de recherche de google spécialisé dans les cartes, redessine les frontières en fonction du pays où se trouve l’internaute... Les exemples sont très parlants. Si je vais sur la version russe de Google, google.ru, et que je tape Ukraine, là je vois apparaître une carte et il y a une ligne noire, qui passe au nord de la Crimée. C’est la frontière. Ça veut dire que pour les Russes la Crimée n’est pas en Ukraine. Et effectivement, la Crimée a été annexée de force par Vladimir Poutine il y a bientôt trois ans. Mais cette annexion, elle n’est pas reconnue par la communauté internationale. Du coup si je vais sur la version française de Google Maps, je vois des pointillés entre la Crimée et le reste de l’Ukraine, un symbole qui marque frontière contestée. Et troisième version de la carte, si je vais sur Google Ukraine, là pas de frontière du tout, la Crimée est toujours en Ukraine ! Je pourrais vous donner d’autres exemple, sur la frontière entre la Chine et l’Inde, sur Taiwan qui n’apparaît pas comme un pays quand on interroge Google Chine, ou sur le Sahara occidental qui appartient au Maroc, ou pas selon la version consultée.

russie

La frontière entre l'Ukraine et la Russie sur la version russe de Google Maps.


Mais pourquoi est ce que Google fait ça ? Google est une entreprise privée et chaque pays est vu comme un marché potentiel. Donc évidemment il ne faut pas fâcher le client. Le géant américain s’adapte donc en fonction de la demande. Il a bien du l’admettre d’ailleurs quand des internautes ont découvert le pot aux roses. Il explique qu’il se conforme aux lois locales. Et il faut bien comprendre que le tracé des frontières et donc les cartes c’est un enjeu phénoménal dans les relations internationales : il suffit de penser à Israël et aux territoires palestiniens. En Chine, il est interdit de tracer librement la frontière, il faut suivre la ligne officielle. Le Maroc a bien compris à quel point c’était important, les marocains ont fait pression sur google pour obtenir que "leur" version du moteur de recherche leur octroie le Sahara occidental.

Difficile avec tout cela de connaître précisément les frontières officielles. La version internationale de référence des cartes, elle est faite par les Nations-Unis à New-York, plus précisément par la section de la cartographie. On peut d'ailleurs consulter les cartes sur leur site Internet. Et j’ai regardé pour l’Urkraine et la Crimée, et sur la carte de référence il y a des pointillés, pour frontière contestée.

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