Les hôpitaux deviennent des cibles dans les conflits et Facebook concurrence désormais LeBonCoin : les experts d'Europe 1 vous informent

SAISON 2016 - 2017
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Axel de Tarlé, Géraldine Woessner et Sophie Larmoyer font le point sur l'actualité du jour.

Axel de Tarlé, expert économie

Facebook va-t-il tuer LeBonCoin, cette success story française qui permet d'acheter des objets à son voisin sur Internet ?
Le géant américain développe un service similaire qui pourrait bien être fatal Au Bon Coin.

Facebook, c'est 1,7 milliard d'utilisateurs dans le monde soit un humain sur quatre.
Hier, le rouleau compresseur FaceBook a annoncé qu'il allait proposer un nouveau service de vide grenier, une plateforme de vente de particulier à particulier, avec un système de petites annonces.
Exactement comme avec LeBonCoin, les acheteurs pourront selectionner en fonction de la proximité géographique ou en fonction du prix.

Un service entièrement gartuit bien sûr alors que sur le BonCoin, il vous faut parfois payer pour certaines options.
Et puis Facebook, va sûrement se mettre à noter les vendeurs pour éviter de tomber sur une arnaque.

En bref, LeBonCoin est mort ?

Malheureusement, leBonCoin va être déstabilisé.
Que va-t-il se passer ? Les actionnaires vont commencer à se dire que le moment est venu de vendre. Et c'est malheureusement l'histoire d'Internet. Toutes les success story finissent par être avalées et vendues.

Regardez, en France, Meetic le site de rencontre crée par Marc Simoncini a été vendu. PriceMinister, le site de vente crée par pierre kosciusko-morizet a également été vendu.
Aujourd'hui, même Attractive World, site de rencontre français a été vendu.

C'est la loi du genre. Dans le monde d'Internet, si vous avez une bonne idée, il faut la développer et vite la vendre, parce que de toutes façons, les bonnes idées sont reprises et copiées par les géants américains qui ramassent tout.
- C'est FaceBook qui copie le Bon Coin.
- C'est Google est en train de lancer un service concurrent d'Uber.
- C'est Apple a lancé une offre musicale, concurrente du français Deezer.

Au Final, on arrive à une concentration de nouvelles technologies autour des fameux GAFA.
Google/ Amazon/ FaceBook/Apple, les quatre Américains qui trustent toute l'énergie du web et qui ramassent toute la créativité.
Ces quatre géants qui ont deux gros défauts : ils emploient très peu de personne dans le monde et ils payent très peu d'impôts. Ce n'est pas bon pour l'emploi mais pas bon non plus pour les caisses de l'État.


Sophie Larmoyer, experte international

La Maison-Blanche se dit "à bout de patience" avec la Russie et suspend les pourparlers sur le cessez-le-feu en Syrie. Une déclaration faite peu de temps après que de nouvelles frappes ont détruit le plus grand hôpital du secteur rebelle de la ville d’Alep. On a l’impression que le droit humanitaire est de plus en plus bafoué ?

C’est plus qu’une impression, à l’image de ces derniers jours en Syrie, les humanitaires et des personnels médicaux sont même devenus des cibles.

Et ça ne concerne pas seulement la Syrie.

Non, cela dit en Syrie c’est massif. L’ONG Physicians for Human rights a tenu des comptes, entre mars 2011 et novembre 2015, donc en 4,5 ans de conflit, au moins 329 attaques ont visé des établissements médicaux et leurs personnels.

Un autre chiffre, que donne Médecins sans frontière, juste dans l’année écoulée, les hôpitaux d’MSF au Yémen, en Afghanistan et en Syrie ont subi 75 attaques et notamment le bombardement terrible de son hôpital de Kunduz, en Afghanistan, il y a exactement un an.

Pour rappel, Kunduz ce sont 42 malades et soignants qui meurent sous les bombes américaines. Une tragédie qui a justement poussé MSF à s’interroger sur ces "zones d’ombre" du droit humanitaire international. Parce que dans la guerre il y a quand même une règle, on ne bombarde pas un hôpital ou un convoi humanitaire, dont les coordonnées GPS sont toujours transmises aux belligérants. Mais les règles sont souvent interprétées sur le champ de bataille et c’est là que tout dérape.

Qu’est-ce qu’on peut interpréter par exemple ?

On peut par exemple viser un bâtiment censé être un hôpital, si on est sûr que ce ne sont pas des activités médicales ou humanitaires qui s’y déroule. Mais le droit dit alors qu’il faut d’abord avertir et permettre l’évacuation, or ces préalables passent toujours à la trappe.

A Kunduz par exemple, les Américains n’ont averti personne avant de taper. Ils invoquent la "légitime défense préventive" et ils s’en sortent comme ça.

La technologie aussi se joue des règles. Un missile dit "intelligent" va cibler le signal du portable d’un chef ennemi et tant pis si celui-ci est sur le parking de l’hôpital.

Mais on est bien d’accord, la base du droit humanitaire, c’est que bombarder un hôpital ou des travailleurs humanitaires est un crime de guerre ?

Absolument et c’est bien pour ça que ceux qui frappent plaident "l’erreur, non intentionnelle" comme les Américains à Kunduz ou alors carrément ils disent "c’est pas nous" comme les Russes et le régime de Bachar el Assad en Syrie, même débandade de l’Arabie Saoudite au Yémen.

Et vous remarquerez que ce ne sont pas d’obscures milices qui se cherchent ces excuses. Non, ce sont des États dont certains sont même membres du conseil de sécurité, qui a voté en mai une résolution condamnant les agressions d’hôpitaux et demandant aux États de réviser les pratiques d’engagements militaires, ce que demandent surtout les ONG et les personnels médicaux qui sont en 1ère ligne.


Géraldine Woessner pour le Vrai faux de l'info

Le Vrai-faux de l’info avec Nathalie Kosciusko-Morizet, qui était l’invitée de la matinale hier, pour les Lundis de la primaire.

La candidate veut incarner l’esprit visionnaire, la modernité à droite et au centre. Pour cela, elle est prête à remettre certaines choses à plat comme la formation professionnelle notamment, qu’elle juge particulièrement inégalitaire.

Nathalie Kosciusko-Morizet : "La formation en France c'est 32 milliards. C'est mal orienté : plus de 40% qui vont vers les salariés actifs', vers les CSP+, les cadres et vers les grandes sociétés".

Plus de 40% de l’argent de la formation est orientée vers les salariés actifs, c’est vrai ou c’est faux ?

C’est vrai et si l’on prend en compte les actifs fonctionnaires et les agents du publics, le chiffre est encore plus impressionnant puisque c’est plus de 60% de cette manne de 31,5 milliards d’euros qui est captée par des gens qui travaillent. 14% seulement allaient en 2013 aux demandeurs d’emplois. Pour le reste, 24% servent à rémunérer les stagiaires y compris d’ailleurs, les stagiaires de l’ENA. Cela semble anecdotique, mais 3,5 millions pour une seule promotion de 80 élèves, cela vous montre à quel point l’argent est curieusement réparti.

Madame Kosciusko-Morizet a raison, dans l’incroyable foutoir de ces dispositifs qui compte 70.000 organismes de formation et une cinquantaine d’autres qui collectent l’argent, ce sont les mieux lotis qui se taillent la part du lion. Soit les plus diplômés dans les grandes entreprises, 70% des ingénieurs cadres dans le privé avaient suivi une formation en 2011, contre 11% seulement des ouvriers des petites entreprises. Leurs formations étaient courtes, 28 heures en moyenne, il n’y a donc pas de quoi bouleverser un statut ou une fiche de paie.

Cela fait des années que l’on entend qu’il faut réformer le système. François Hollande l’a fait, il y a deux ans et cela n’a servi à rien ?

Si, quand même. La réforme de Michel Sapin a fait bouger les lignes, même sil est difficile de préciser de combien. Il faut trois ans à la Dares pour rassembler les données des entreprises, des départements et de ces dizaines de milliers d’organismes qui travaillent sur le sujet, résultat on n’a pas de bilan statistique, mais une tendance tout de même, et elle est positive. La réforme a créé un compte personnel de formation de 150 heures sur neuf ans, pour chaque individu. On sait qu’au 1er août, 500.000 formations avaient été financées, dont 75% visant des chômeurs. On peut considérer qu’en 2015-2016, ils auront capté 18, peut-être 20% de l’enveloppe globale de la formation mais cela reste à confirmer.

Pourquoi tout changer si ça s’améliore ?

Parce que la loi n’a pas réglé le problème de la structure du système. Il y a toujours un maquis d’acteurs, des organismes tampons gérés par les syndicats, qui collectent l’argent auprès des entreprises, et le redistribuent selon des critères opaques et en se servant au passage. Des centaines de millions se perdent en frais de fonctionnement et surtout le compte personnel de formation n’est pas assez financé. Hors, il faut de l’argent pour payer ces formations longues et diplômantes, des formations dont la réforme n’a pas non plus garanti la qualité.


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