Les élections présidentielles au Gabon et les salaires qui augmentent trop : les experts d'Europe 1 vous informent

SAISON 2015 - 2016
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Axel de Tarlé, Géraldine Woessner et Sophie Larmoyer font le point sur l'actualité du jour.

Sophie Larmoyer, experte international

Un fauteuil pour deux, c’est toujours compliqué. Au Gabon, après l’élection présidentielle de samedi, le principal opposant, Jean Ping, revendique la victoire que le président sortant, Ali Bongo Ondimba, n’est pas prêt de lui concéder.

Depuis dimanche, c’est la guerre des communiqués et des déclarations. On convoque La Fontaine "il ne faut pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué" et on s’accuse mutuellement de fraudes.
Les Gabonais s’y attendaient, ils ont fait des stocks de nourriture avant le scrutin, au cas où ça tournerait mal parce qu’ils se souviennent de 2009 après la mort du vieux Omar Bongo, l’élection de son fils Ali avait été ponctué d’émeutes meurtrières.

Face à face aujourd’hui, deux "frères ennemis" ou plutôt "ex beaux-frères ennemis" puisque Jean Ping, l’opposant, a été autrefois le compagnon de Pascaline Bongo, la demi-sœur de l’actuel président. Ils ont notamment eu deux enfants ensemble.
Pascaline, qui était d’ailleurs la plus proche de son père au cœur du pouvoir, était conseillère et directrice de cabinet d’Omar Bongo. Et le père de ses enfants, Jean Ping donc, était alors un pilier du régime, ministre un nombre incalculable de fois, notamment aux Affaires étrangère et aux Finances.

Vu ses liens avec le clan Bongo, c’est assez cocasse, de l’entendre aujourd’hui dénoncer "la fraude congénitale de ce régime".

C’est vrai, d’ailleurs pour justifier sa vigilance ces jours-ci sur les résultats, il dit "je sais comment nous trichions".
Pour cette élection, il faut noter quand même que c’est la première fois que les opposants sont aussi rassemblés autour d’un candidat pour faire face à celui qui porte le nom de "Bongo", ce nom qui dirige le pays depuis 1967.

On comprend qu’à l’annonce des résultats, l’un des deux criera forcément à la fraude, que peut-il se passer ?

Un tiers de la population vit dans la misère malgré les richesses naturelles du pays. Port Gentil, la capitale économique du Gabon, est sinistrée à cause de la crise du pétrole et beaucoup pensent qu’une étincelle peut créer une explosion sociale.
La réaction de la rue pourrait être déterminante. Vous vous souvenez des mouvements citoyens, qui ont protesté au Sénégal et au Burkina contre les présidents indéboulonnables, ils s’appelaient "Y’en a marre" ou "Balai citoyen" pour faire le ménage. Eh bien là aussi, au Gabon, vous avez le collectif "Ça suffit comme ça !", des militants associatifs et syndicaux, qui se disent "prêts à résister". Ils ont pris parti pour Jean Ping parce qu’ils veulent un changement coûte que coûte et que le candidat de 73 ans a promis de faire un seul mandat s’il était élu.

La proclamation des résultats est attendue aujourd’hui à Libreville à partir de 17 heures.



Axel de Tarlé, expert économie

La Commission Européenne s’apprête, aujourd'hui, à frapper un très grand coup contre Apple et ses pratiques fiscales. On parle d'une gigantesque amende de plusieurs milliards d'euros.

La Commission va rendre son jugement aujourd'hui au terme de trois ans d’enquêtes. Plusieurs chiffres circulent et cela va d'un à 17 milliards d'euros selon les calculs de la banque JP Morgan.
Ce qui serait totalement ahurissant car la Commission a déjà condamné Starbuck et Fiat mais la condamnation était de 30 millions d'euros, là on parle carrément en milliards soit 100 fois plus.
Même si Apple a les moyens car c'est l'entreprise la plus riche du monde avec 53 milliards de dollars de bénéfices l'an dernier.

Que reproche-t-on précisément à Apple ?

Justement de ne pas payer d’impôts sur bénéfices, du mois très peu, à peine 2%. Apple fait remonter tous ses bénéfices en Irlande, où il a négocié un accord fiscal avec le gouvernement irlandais en échange d'emplois.
Non seulement, cela prive les autres états européens de recettes fiscales mais, surtout, et c'est l'angle d'attaque de la Commission. c'est de la concurrence déloyale parce que les entreprises concurrentes d'Apple, elles, doivent payer leurs impôts plein pot. Elles sont donc réellement désavantagées.

A la manœuvre, la danoise Margret Vestager, Commissaire Européen à la concurrence, qui doit affronter dans cette affaire la colère de l'administration Obama qui soutient Apple.
Les Américains dénoncent une attaque ciblée contre les entreprises américaines et menacent l'Europe de représailles par exemple de surtaxer les entreprises européennes.

Ces pratiques fiscales ne passent plus auprès des gouvernements désargentés et, elles ne passent plus auprès de l'opinion publique. Ce devient même un argument commercial que de payer ses impôts en France.

La Compagnie de VTC Chauffeur privé lance d'ailleurs ces jours ci une campagne de pub : "Chez nous, 100 % de nos impôts ont la France pour terminus", et dénonce clairement les pratiques fiscales de son concurrent américain Uber, qui fait remonter ses bénéfices aux Pays-Bas.



Géraldine Woessner pour le Vrai faux

François Fillon veut remettre l’économie au cœur de la campagne des primaires, il s’y est attelé hier en livrant son analyse, sur BFM TV, de la crise laitière.

"La France doit faire un effort en baissant ses charges. Les Allemands produisent du lait à des prix beaucoup plus bas que nous. Pourquoi ? Ils sont moins de charges, moins de dépense publique"

Les Allemands produisent du lait à des prix plus bas que nous, à cause des charges, est-ce que c’est vrai ?

Non, les allemands ne produisent pas leur lait à des prix inférieurs, au contraire : Les coûts de production, sont sensiblement les mêmes depuis plusieurs années dans les deux pays, 450 euros la tonne, un chiffre incluant le foncier, les revenus du capital et le salaire de l’agriculteur. Selon les études les plus fiables qui se basent sur le réseau d’informations comptables agricoles, ce coût est même plus élevé en ce moment outre-rhin à 456 euros la tonne. Alors évidemment, il y a de fortes disparités régionales mais les Allemands souffrent tout autant que les Français. L’an dernier, 3.500 exploitations ont dû, outre-rhin, mettre la clé sous la porte.

Donc le problème des producteurs n’a rien à voir avec les charges ?

En effet. Tout simplement parce qu'il y a très peu de salaires dans la production de lait. On parle d’exploitations familiales avec 9% seulement de la main d’œuvre est salariée en France dans les exploitations contre 20 à 25 % en Allemagne. Pas de salariés, pas de charges, donc ce qui pèse sur les coûts, ce sont d’autres éléments, comme l’alimentation ou par exemple, le fourrage.

Alors d’où vient cette perception que les Allemand s’en sortent mieux ?

C’est vrai qu’ils vendent leur lait moins cher, et qu’ils sont plus solides parce qu’ils ont su se diversifier et générer des compléments de revenus, en produisant du biogaz par exemple, obtenu par la fermentation des déchets agricoles. L’Allemagne est très en pointe, et leader sur ce marché. Mais là où la vraie différence se fait, c’est dans les étapes suivantes, la transformation du lait. C’est sans doute la confusion qu’a faite monsieur Fillon : sa filière est plus efficace avec moins de personnel, meilleur marché…

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