Le TGV empoisonné et la culture pour les jeunes en Italie afin de lutter contre Daech : les experts d'Europe 1 vous informent

SAISON 2016 - 2017
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Axel de Tarlé, Géraldine Woessner et Sophie Larmoyer font le point sur l'actualité du jour.

Axel de Tarlé, expert économie

La SNCF a présenté hier son nouveau "TGV". Un TGV nouvelle génération, ultra moderne, qui entrera en fonction dans trois mois à partir de décembre sur la ligne Paris-Bordeaux.

Sauf que tous ces TGV vont coûter très cher à la SNCF et durablement plomber ses comptes.

Ces nouveaux TGV, on le verra sur Paris-Bordeaux. Deux villes qui ne seront plus qu'à deux heures de train à partir de juillet prochain contre trois heures actuellement.
Le TGV nouvelle génération est composé de fauteuils plus confortable, la plupart sont dans le sens de la marche. Il comporte également des prises USB et dispose du wifi.
Sauf qu'effectivement, la SNCF va perdre beaucoup d'argent dans cette affaire.
Cette ligne rapide Paris-Bordeaux a coûté tellement cher, huit milliards d'euros, qu'elle ne sera jamais rentable. C'est donc ce que l’on peut appeler une ligne politique.

Fallait-il éviter de faire cette ligne rapide "Paris-Bordeaux" ?

Sur un plan économique, la SNCF va perdre de l'argent mais, il faut croire que la SNCF est une vache à lait au service des politiques.
On le voit très nettement, en ce moment dans le dossier Alstom notamment.
La SNCF est priée de voler au secours d'Alstom. On lui force la main pour acheter rapidement de nouveaux TGV, de nouveaux trains Intercité et de nouveau TER.

Si le patron de la SNCF, Guillaume Pepy, a la malheur de résister, on lui explique qu'il n'a pas le choix.
Alain Vidalies, le Secrétaire d'État au Transport l'a redit hier "la SNCF n'appartient pas à Guillaume Peppy, elle appartient à tous les Français". En clair, "c'est moi qui décide. Obéissez !".
C’est très bien pour Alstom, sauf que l'on oublie un peu vite que cette pauvre SNCF va devoir affronter d'ici quelques années, le grand bain de la concurrence.
Et on ne lui donne pas toutes ses chances avec une dette de 40 milliards d'euros et des commandes publiques dont elle n'a pas besoin.



Sophie Larmoyer, experte international

Nous en sommes à quatre interpellations de mineurs en contact avec des réseaux djihadistes en une semaine. L’un des défis des gouvernements, en Europe, est de lutter contre la radicalisation de certains jeunes.
Avec ce même objectif, l’Italie lance aujourd’hui une mesure originale, les jeunes de 18 ans vont pouvoir bénéficier d’un "pass culture".

C’est une idée que le président du Conseil italien avait lancé juste après les attentats de Paris, en novembre. Chacun se demandait alors comment protéger les peuples contre cette barbarie et Matteo Renzi avait annoncé que pour chaque euro investi dans la sécurité, il y aurait un autre euro investi dans la culture, comme une réponse à l’obscurantisme et au terrorisme. Un milliard pour la sécurité, un milliard pour la culture.

Et c’est cette idée, donc, qui se concrétise aujourd’hui ?

Voilà, tous les jeunes qui ont ou qui auront 18 ans en 2016, qu’ils soient italiens ou étranger avec un permis de séjour, vont pouvoir bénéficier d’une sorte de porte-monnaie électronique "culturel", d’une valeur de 500 euros.
Il leur suffit de s’inscrire, de télécharger une application sur leurs Smartphones, "18app" et ils auront accès à toute une liste de biens culturels : des livres, des places de musée, de cinéma, théâtre ou concert, des voyages dans les parcs nationaux aussi.
Ça devrait concerner 574.000 jeunes, pour un coût de 290 millions d’euros.

Les opposants à Matteo Renzi le taxent de populisme, on peut se demander si cette mesure n’est pas un peu "gadget".

C’est vrai que ça peut apparaitre dérisoire mais en fait, c’est toute la politique culturelle qui est rebâtie, c’est vraiment l’un des grands combats de Renzi.
L’Italie c’est plus de 4.500 musées, des sites archéologiques partout et plus de 12.000 bibliothèques, ce qui est formidable. Et en même temps, le paradoxe, c’est que le budget de la culture n’a cessé de diminuer depuis 20 ans et deux tiers des Italiens reconnaissent ne pas avoir ouvert un livre l’an dernier.
Renzi a commencé par augmenter le budget de la culture avec + 27% cette année. Et toute une série de mesures sont prises pour redonner l’envie de partager cette richesse.
Quelques exemples : le 22 octobre sera "jour de théâtre gratuit". Depuis deux ans les entreprises ou les particuliers qui financent un projet culturel bénéficient d’un crédit d’impôt de 65 %. Les musées sont également ouverts aux scolaires pour susciter l’appétit dès la petite enfance.
Au-delà du "bonus culture" de 500 euros donné aux jeunes, la politique du Premier ministre italien témoigne de sa conviction profonde : celle que la culture est une arme, un pont entre les civilisations et qu’elle permet de lutter contre l’intolérance.



Géraldine Woessner pour le Vrai faux de l'info

Dominique Bussereau : "L'État, qui devrait nous verser 100% de ce que nous (les collectivités) donnons au RSA ou à l'APA, nous en verse que 60%", "Moralité : l'année dernière 10 départements n'ont pas payé le RSA"

10 départements n’ont pas payé le RSA l’an dernier, c’est vrai ou c’est faux ?

C’est peut-être un peu exagéré car les allocataires ont toujours reçu leur pension, mais techniquement, c’est vrai. 10 départements en 2015 n’ont pas pu trouver dans leurs caisses l’argent suffisant pour honorer les chèques. Ils ont du réclamer une rallonge de l’État qui n’a pas suffit pour certains.
Dans le Nord par exemple c’est la Caisse d’Allocations Familiales qui a avancé l’argent des derniers versements, il faudra évidemment la rembourser. Une dette supplémentaire qui va peser sur les enfants de l’un des départements déjà les plus pauvres de France. Son président est très clair : "ça va empirer partout. 30 à 40 département seront cette année dans le rouge, étranglés par l’explosion des dépenses".
Le nombre d’allocataires du RSA a flambé de plus de 30% depuis 2009, avec la crise et le chômage. Ils sont aujourd’hui 2,5 millions à recevoir le RSA, ce qui représente chaque année 10 milliards d’euros. Or les dotations de l’État se limitent à six milliards et demi par an et comme les départements les moins riches ont aussi le plus grand nombre d’allocataires, ils ne s’en sortent plus.

Donc en 2016, qu’est-ce qu’on fait ? Il y a une solution ?

Beaucoup ponctionnent leurs autres budgets. On répare moins de collèges ou on entretient moins de routes.
D’autres expérimentent comme Le Nord, par exemple, qui envisage de sanctionner ceux qui ne respecteront pas leur obligation de chercher du travail. Un tiers des allocataires, ne sont pas inscrits à Pôle emploi. Mais c’est surtout une façon de tirer le signal d’alarme, alors que le gouvernement et les départements sont en plein bras de fer.
La rallonge qu’a promise l’État cette année, de 300 millions d’euros, sera insuffisante on le sait déjà. Il faut réformer le système et là il y a deux écoles. Ceux qui tiennent à garder le financement décentralisé, mais avec de vraies dotations parce que quand on a l’argent, on a aussi le pouvoir. Et ceux qui plaident pour une recentralisation du RSA, que l’État reprenne ce qu’il avait délégué aux départements en 2004, et qu’il s’en débrouille.

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