Le gouvernement prêt à taxer les hauts salaires ainsi que les CDD et une pétition en Arabie Saoudite pour défendre le droit des femmes : les experts d'Europe 1 vous informent

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SAISON 2016 - 2017

Axel de Tarlé, Géraldine Woessner et Sophie Larmoyer font le point sur l'actualité du jour.

Axel de Tarlé, expert économie

Selon le Parisien, le gouvernement projette de taxer lourdement les hauts salaires et les CDD.
En gros, on ressuscite "la taxe à 75 %", ce qui est en totale contradiction avec la politique du gouvernement de baisse de charges et d'attractivité.

L'authentique tête à queue et le coup de barre à gauche est spectaculaire.
Le gouvernement veut taxer tous les hauts salaires, au-delà de 12.000 euros par mois.
Que se passe-t-il ? Aujourd'hui, au-delà de 12.000, il n'y a plus de cotisation chômage. Désormais, cette partie du salaire, au-delà des 12.000 serait aussi soumise à cotisation chômage.

Cela parait normal que l’intégralité du salaire soit taxé.

Non, parce que les indemnités chômage sont plafonnées à 6.000 euros par mois. Il est donc logique que les cotisations chômage soient, elles aussi, plafonnées. Sinon, on paye dans le vide.
On n'est plus dans une logique d'assurance chômage, mais dans un logique d'impôt, un de plus.

En tout le cas le résultat avec cette mesure, c'est que les hauts salaires vont être lourdement taxés. Le gouvernement en attend 800 millions d'euros par an soit quatre fois plus que ce rapportait la taxe à 75 %.
D'ailleurs, la population visée est la même, celle qui gagne plus de 12.000 euros par mois comme les traders, les cadres de haut niveau ou les footballeurs.
Ce qui parait fou, c’est que l’on parle d'attractivité avec le Brexit. On veut faire venir les banquiers de Londres à Paris mais on les attends avec un fusil.

L'autre mesure consiste à taxer les CDD, pour favoriser les embauches en CDI

Oui, enfin, si on patron embauche en CDD pour une mission courte. Il ne va certainement pas se dire, c'est pas grave, je vais embaucher en CDI et je vais garder le salarié à vie.
Cette mesure visant à taxer les CDD va totalement en l'encontre de la nécessaire flexibilité du marché du travail, dont on nous a rabattu les oreilles avec la Loi el Khomri.
C’est également totalement à l'encontre de la politique de baisse de charges du gouvernement pour aider l'emploi. Là, on fait le contraire, on les augmente.

Franchement, on se pince pour le croire mais oui, à huit mois de la fin de son mandat, François Hollande envisage un nouveau tête à queue économique spectaculaire avec cette double taxe.

Sophie Larmoyer, experte international

On parle ce matin d’une revendication qui mérite d’être soulignée. Des milliers de Saoudiens ont signé une pétition pour demander l'abolition du système de "tutelle" dans le royaume d’Arabie Saoudite. Un pays où les femmes ont donc besoin de l'autorisation d'un tuteur pour travailler, étudier ou voyager ou même se faire soigner.

Les Saoudiennes naissent et meurent "mineures".
Elles ont toujours besoin de la permission d’un homme que ce soit leur père ou leur mari. Pour une veuve par exemple, c'est son propre fils qui devient son tuteur légal.
L’organisation Human Rights Watch a publié un rapport, en juillet dernier, sur toutes ces entraves quotidiennes pour les femmes. Ça a cristallisé l’opposition de ces Saoudiennes qui se manifestent beaucoup sur les réseaux sociaux. Le hashtag "Je suis mon propre gardien" s’est répandu et en deux mois, au moins 14.700 signatures ont été rassemblées sur internet pour demander au roi Salmane que les 10 millions de femmes du Royaume (soit la moitié de la population) soient traitées comme "des citoyennes à part entière".

Sur quoi s’appuie ce système de "tutelle" ?

C’est l'interprétation très restrictive d’un verset ambigu du Coran qui est contesté mais bien au-delà de la religion, ça a forgé une société ultra conservatrice. Il est là le fond du problème, les résistances internes sont très fortes.
Par exemple, parmi les petites avancées de ces dernières années, en théorie les Saoudiennes peuvent désormais travailler sans permission du tuteur. Mais en pratique beaucoup d’employeurs exigent l’autorisation écrite d’un homme et personne ne les condamne pour ça.

Est-ce que ces femmes qui se mobilisent peuvent espérer des avancées prochainement ?

Sûrement mais tout est long dans cette société verrouillée.
Les Saoudiennes ont déjà réussi à rentrer au Conseil de la Choura, le conseil consultatif. En décembre dernier, pour la première fois, elles ont pu voter et se présenter aux élections municipales.
Des hommes se mobilisent désormais avec elles, ça a été le cas pour cette pétition.
Le régime saoudien a promis deux fois déjà, à l’ONU, qu’il allait abolir la tutelle masculine. D’ailleurs, il y est juridiquement tenu par des Conventions qu’il a signé.
Promesse sans suite jusqu’ici mais le coup de pouce va peut-être venir d’ailleurs. En avril dernier, le royaume a présenté un plan vital pour lui, qui s’appelle "Vision 2030", pour diversifier son économie et réduire sa dépendance au pétrole. Or, ce plan ne fonctionnera que si les femmes sont plus nombreuses à travailler. Une nécessité économique qui pourrait contribuer à fendre le carcan social.

Géraldine Woessner pour le Vrai faux de l'info

Le vrai-faux de l’Info avec une remarque de François Rebsamen.

L’ancien ministre du travail, interrogé hier sur la nouvelle hausse du nombre de chômeurs au mois d’août, a eu cette remarque agacée.

François Rebsamen : "Ceux qui sont comptabilisés en catégorie C travaillent pour 80% d'entre eux plus de 78 heures par mois. Et on les considère comme des chômeurs ? "

Une partie des chômeurs travaille plus de 78 heures par mois, donc au moins à mi-temps. C’est vrai ou c’est faux ?

C’est vrai et c’est une statistique qui peut interpeller. Plus de 1,23 million de chômeurs, comptabilisés comme tels par pôle emploi, travaillent en réalité, au moins à mi-temps et même à temps plein pour 460.000 d’entre eux. Un chiffre qui est en constante augmentation et qui a explosé depuis 2012 à plus de 43%. Ces chômeurs représentent près d’un tiers de la hausse globale du nombre de chômeurs enregistrée sous le quinquennat de François Hollande. C’est très important et c’est ce qui fait dire à François Rebsamen que les chiffres assénés par l’opposition, 1,2 million de chômeurs de plus, sont à relativiser. On parle d’un demi-million de personnes au moins, précaires, certes, mais en activité.

Mais qui sont-ils ces chômeurs actifs, pourquoi sont-ils inscrits ?

On les connaît mal. François Rebsamen avait d’ailleurs demandé un rapport à l’Inspection générale des Affaires sociales, quand il était ministre, pour comprendre le phénomène. Un rapport attendu ou enterré depuis un an puisqu’il n’est toujours pas terminé mais on sait qu’il s’agit de cas très divers comme l’intérim ou des contrats courts. 87% des embauches se font en CDD mais aussi en contrats longs, voire en CDI. En fait, ils restent inscrits parce qu’ils espèrent trouver mieux, souvent un travail mieux payé.

Sans ces actifs, sans tous ceux qui travaillent, combien de chômeurs aujourd’hui ?

4,6 millions au mois d’août. Un chiffre en hausse de 38.000 sur un an alors que l’augmentation était de 215.000 l’année précédente.