Le bilan de Rodrigo Duterte aux Philippines et l'Insee qui révise une nouvelle fois à la baisse ses prévisions de croissance : les experts d'Europe 1 vous informent

SAISON 2016 - 2017
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Axel de Tarlé, Géraldine Woessner et Sophie Larmoyer font le point sur l'actualité du jour.

Axel de Tarlé, expert économie

L'Insee révise, une nouvelle fois, à la baisse ses prévisions de croissance pour cette année.
Les perspectives économiques ne sont guère encourageantes.

Pour 2016, on devait avoir une croissance de 1,6 puis de 1,3, maintenant, c'est 1,2 nous dit l'Insee.
Et ce ne sera pas mieux l'année prochaine.

Il faut dire que le fameux alignement des planètes (baisse des taux, baisse du pétrole et baisse de l'euro), une conjonction inespérée, avaient permis de faire reculer le chômage.
Les planètes ne sont désormais plus alignées.

Les taux d'intérêts ne baissent plus, au contraire, ils remontent dans le sillage des taux américains. En trois mois, les taux à dix ans sont passés de 0,1 à 0,8.
Le pétrole ne baisse plus non plus, il remonte également avec l'action concertée des pays de l'Opep de 48 à 54 dollars le baril.
Seul élément qui reste favorable, c’est l’Euro orienté à la baisse alors que le Dollar s'envole avec Trump.

Ça veut dire que ce sera compliqué pour la prochaine équipe au pouvoir en mai prochain ?

Oui, imaginez, c'est plus difficile de réformer quand on a le vent contre soi.
Imaginez, si le chômage repart à la hausse, ce sera plus difficile pour un François Fillon de supprimer 500.000 postes dans la fonction publique en plus.

Au moins, la prochaine équipe au pouvoir, quelle qu'elle soit, ne se fait pas d'illusion sur la conjoncture qu'elle trouvera. Contrairement à François Hollande qui, en 2012, était persuadé que la croissance allait repartir et qui, dès la première année, nous avait promis une baisse du chômage, ce qui lui a été fatal politiquement.


Sophie Larmoyer, experte international

Les Américains ont décidé hier de ne plus attribuer un programme d’aide important aux Philippines (plus de 430 millions de dollars tout de même). Annonce justifiée par les "inquiétudes" des États-Unis quant au "respect de l’état de droit" dans le pays.

"Inquiétude", c’est un euphémisme ! Les États-Unis ont déjà protesté ces derniers mois auprès du président philippin pour la sanglante campagne anti-drogue qu’il a lancé dans son pays. Ça n’avait pas plu à l’intéressé : rappelez-vous, Barack Obama s’était même fait traiter de "hijo de puta" par le dit président, Rodrigo Duterte, coutumier des insultes.

Mais les derniers chiffres officiels, communiqués cette semaine par la police, sont édifiants.

Pas loin de 6.000 personnes ont été tuées dans cette "guerre contre la drogue" !

Et en six mois seulement : Duterte est entré en fonction le 30 juin. Les policiers ont la gâchette facile : plus de 2.000 "suspects" sont tombés sous leurs balles et tous les autres ont été victimes de commandos obscures, qui traquent les toxicomanes ou trafiquants présumés. Des exécutions extrajudiciaires qui ne posent aucun problème au président philippin.

Le plus fou, c’est qu’il s’est vanté cette semaine de l’avoir fait lui-même !

Oui, c’était lundi en ouverture d’un diner d’affaire, le président s’est effectivement vanté (il n’y a pas d’autre mot), d’avoir montré l’exemple aux policiers de sa ville de Davao, dont il a été maire pendant 22 ans. Sur le mode "si je peux le faire pourquoi pas vous". Il faisait des rondes sur une grosse moto et "cherchait vraiment la confrontation pour pouvoir tuer". Ce sont ses mots !

Évidemment ça n’incite pas à renouveler un programme d’aide sociale.

Non d’ailleurs les États-Unis devaient livrer des fusils d’assaut à Manille et là, c’est Duterte qui a pris les devants, il a annulé la commande. Mais peu lui importe, car la Chine a confirmé cette semaine qu’elle était prête à fournir des armes légères aux Philippines. Et puis il reste extrêmement populaire : les Philippins valident ses méthodes, la répression, les meurtres : 77% sont satisfaits de leur président.


Géraldine Woessner pour le Vrai faux de l'info

Le Vrai-Faux de l’Info avec les approximations de Nicolas Dupont-Aignan. 

Le président de Debout la France indigné que l’Europe ne lutte pas davantage contre les passeurs de migrants qui sévissent en Méditerranée. Selon lui il suffirait de pas grand-chose :

Nicolas Dupont-Aignan : "200 passeurs en méditerranée".

Il y a 200 passeurs en Méditerranée, c’est vrai ou c’est faux ?

C’est faux, et Monsieur Dupont-Aignan sous-estime totalement l’ampleur du phénomène : 12.000 passeurs ont été identifiés, rien que cette année, le long des routes migratoires par les services d’Europol qui traquent les réseaux criminels. L’an dernier les 42 experts qui enquêtent uniquement sur eux dans les pays concernés en avaient recensés 40.000, ce ne sont pas 200 passeurs qui opéreraient uniquement en mer, mais bien plusieurs milliers. Ce qui explique d’ailleurs comment 350.000 migrants ont pu traverser la mer uniquement cette année d’après les dernier chiffres du Haut-commissariat aux Réfugiés, 350.000 depuis le mois de janvier.

Et l’Europe ne fait rien ?

Elle tente bien sûr, d’arrêter les passeurs. À terre, là ce sont les différents États qui agissent, et en mer, plusieurs opérations sont en cour. Frontex, qui est l’agence européenne de garde-frontières, sillonne constamment les mers. 488 passeurs ont été arrêtés cette année et une centaine d’autres l’ont été par les navires de l’opération Sophia, dans le cadre de la défense de l’Union Européenne. Des navires de l’Otan patrouillent également depuis plusieurs mois en mer Égée, aux abords des Îles grecques. Donc environ 600 arrestations cette année, cela paraît peu.

Surtout que ce ne sont pas les têtes des réseaux ?

Non, ce sont des petites mains et c’est ce qui nourrit la critique. L’opération Sophia par exemple, c’est 25 pays impliqués, huit unités navales qui font avant tout du sauvetage. 30.000 migrants ont été secourus cette année avec un tout petit budget de sept millions à peine pour tenir jusqu’en 2017. Mais les obstacles, ils sont pas tellement de moyen, ils sont juridiques. On ne peut pas intervenir dans les eaux nationales, impossible d’aller casser les réseaux sur les côtes, turques ou libyennes. L’Europe explore donc d’autres pistes comme un accord avec le Niger cette année qui a permis de réduire presque à zéro le nombre de migrants traversant le Sahara.

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