La Turquie menace de suspendre l'accord sur les migrants et crise du lait, n’a-t-on pas simplement reculé pour mieux sauter : les experts d'Europe 1 vous informent

SAISON 2015 - 2016
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Axel de Tarlé, Géraldine Woessner et Sophie Larmoyer font le point sur l'actualité du jour.

Sophie Larmoyer, experte internationale

L’union européenne serait-elle confrontée à une sorte de chantage de la part de la Turquie ? Ça y ressemble lorsque l’on met côte à côte les pièces du puzzle.

La première de ces pièces, c’est l’interview du chef de la diplomatie turque, hier, dans un quotidien grec : "La Turquie ne peut pas continuer à stopper la migration irrégulière vers l’Europe si celle-ci ne tient pas ses promesses au plus tard en octobre". Bref, Ankara exige que l’Union européenne mette très vite en place l’exemption de visa pour les citoyens turcs, comme le prévoyait, l’accord passé en mars dernier. En échange, la Turquie acceptait de récupérer les réfugiés arrivés après le 20 mars.
De fait, le nombre d’arrivées sur les côtes grecques avait chuté mais depuis la tentative de putch du 15 juillet en Turquie, ce nombre augmente à nouveau avec des pics de réfugiés recueillis ces derniers jours.

C’est vrai que l’accord prévoyait de libéraliser les visas Schengen pour les citoyens turcs mais les Européens ne sont plus très chauds ?

Non, le tour de vis sécuritaire opéré par Erdogan en Turquie après le coup d’État manqué choque les Européen. Les purges "dépassent toute mesure, on ne peut pas se taire", disait début août le ministre allemand des Affaires étrangères.
Voici quelques chiffres : plus de 80.000 personnes limogées ou suspendues dans la Fonction publique, l’Éducation, la Justice, la Police et bien sûr l’Armée. Dans les médias aussi, 130 organes de presse ont été fermées et plus d’une soixantaine de journalistes ont été emprisonnés, encore neuf hier. La pluralité est donc bâillonnée en Turquie.

Les intimidations ne se limitent pas à la Turquie d’ailleurs.

Non, la chasse aux sorcières est mondiale. Ici en France, le journal d’opposition Zaman France a annoncé lundi qu’il fermait, confrontés à des menaces de mort qui risquaient de nuire aussi à ses abonnés.
L’Europe se retrouve dans la situation embarrassante de devoir étudier des demandes d’asile d’intellectuels turcs qui ont payé des passeurs pour quitter leur pays.

Bref, le président de la Commission européenne demande à la Turquie de réformer ses lois anti terroristes pour que l’accord de mars s’applique. Ces lois "ne peuvent être utilisées pour arrêter des intellectuels, des scientifiques et des journalistes", a dit Jean-Claude Junker.
Ankara répond à l’Europe de se mêler de ses affaires et agite donc ce chiffon rouge : la réouverture des vannes de l’immigration.


Axel de Tarlé, expert économie

Un accord a été trouvé hier entre Lactalis et les producteurs de lait.
Le prix d'achat sera porté à 30 centimes le litre d'ici la fin de l'année contre un peu moins de 26 centimes auparavant.

Est-ce la fin de la crise ? 30 centimes le litre, ça ne couvre pas les coûts de production des éleveurs.

Absolument car leur coût de production est de 35 centimes le litres. C'est une moyenne mais cela veut dire que certaines fermes sont rentables à 30 centimes, d'autres à 40.
C'est sûr, les moins rentables, les plus petites, vont continuer de souffrir et risquent de fermer.

De toute façon, on produit trop de lait, il faut donc réduire la production.
La Commission Européenne a d’ailleurs débloqué une aide de 500 millions pour inciter les éleveurs à produire moins. Ils vont être payés pour réduire leur production, avec une indemnité de 14 centimes par litre de lait non produit, par rapport à l’année précédente.

Mais, pourquoi Lactalis n'accepte-il pas de payer 35 centimes le litre ce qui permettrait aux éleveurs de vivre de leur travail ?

Parce que l'agriculture française ne peut pas être hors sol, hors marché. Partout le prix du lait est bas comme par exemple en Allemagne ou en Irlande, où on est à 23 centimes le litre.
Et donc, les producteurs français ne survivront pas s'ils sont structurellement plus chers. Ils perdront des marchés à l'export., ce qui représente un tiers des débouchés pour nos éleveurs.
On exporte du lait et de la poudre de lait jusqu’en Chine. Mais on exporte aussi du fromage, du beurre, des yaourts ou des desserts.

Et là, c'est Lactalis qui est à la manœuvre, il est le numéro un mondial des produits laitiers (camembert Président, Bridel ou encore Roquefort Société). Il doit lui aussi rester compétitif et surveiller ses coûts et donc finira par acheter du lait à l’étranger si le Français est trop cher. Or, Aujourd’hui, Lactalis achète, à lui seul, 20 % de la production française de lait.

Cet accord, à 29 centimes le litre et même 30 centimes d'ici la fin de l'année, ne résout pas tous les problèmes mais, il donne un peu d’oxygène aux éleveurs.
Et pour Lactalis, il met fin à une crise, qui commençait sérieusement à nuire à son image auprès des consommateurs.


Géraldine Woessner pour le Vrai faux

Laurent Wauquiez, le président par intérim des Républicains incarne la ligne dure du parti face à l'Islamisme. Il soutient l’interdiction du Burkini, la fin des menus de substitution dans les cantines et pour justifier ses positions il a invoqué le Coran hier, sur LCI.

"Il y a une sourate du Coran que j'aimerais bien qu'on n'oublie pas. Cette sourate dit que, quand un musulman exerce sa foi dans un pays qui n'est pas un pays musulman, il doit adapter sa foi à ce qu'est l'état du pays".

Une sourate du Coran soutient cela, vraiment ?

C’est faux. Nous ne l'avons pas trouvée parmi les 6.236 versets qui composent les 114 sourates du Coran, et les imams, les spécialistes que nous avons consultés sont formels : elle n'existe pas. Laurent Wauquiez, qui se définit lui-même pourtant, dans cette interview, comme "spécialiste de l’Islam", l’a simplement inventée.

En fait, Monsieur Wauquiez confond les textes sacrés, le Coran, Les paroles du prophète, avec les interprétations qu'en ont faites à travers les âges, ceux que les musulmans appellent les savants de l’islam, et dont les fatwas, les avis, éclairent des points restés flous. Est-ce que l'on peut commercer avec des non-croyants, à quel âge marier sa fille... Il y en a des dizaines, des centaines de milliers de ces avis, et certains, c’est vrai, ont invité parfois les fidèles à se plier aux coutumes en vigueur dans le pays où ils se trouvaient, pour les questions relatives à la vie quotidienne, à l’éthique, mais jamais pour le dogme, ou la pratique du culte.

Et ce ne sont pas des commandements ?

Et non, ce sont des décrets juridiques, délivrés, dans un contexte précis, à un moment de l’histoire, par ces conseils religieux. Le problème, c’est que tous appartiennent à différentes écoles de pensée. La plus progressiste, l’école Hanafite, considère qu’un musulman peut ultimement s’en remettre à sa propre raison pour résoudre ses dilemmes, donc abandonner le voile dans une société qui ne le porte pas par exemple. Mais il en existe de plus rigoristes et les salafistes, eux, prétendent revenir à une application stricte du coran et de la parole des prophètes, qui par définition ne peuvent pas s’adapter à la modernité.

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