La production de miel, l'indignation au Maroc : les Experts d’Europe 1 vous informent

SAISON 2016 - 2017
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Axel de Tarlé et Sophie Larmoyer font le point sur l'actualité du jour.

>> Economie : le miel a plus que jamais la cote

Par Axel de Tarlé, expert économie

C'est très paradoxal. On sait qu'il y a de moins en moins d'abeilles, et pourtant on n'a jamais autant consommé de miel ! Le problème est mondial : en France, on consomme 40.000 tonnes en France. On en produit 14.000. En Chine : on consomme 700.000 tonnes, mais on n'en produit que 450.000. Pourquoi la consommation a-t-elle explosé en Chine ? C'est l’émergence de la classe moyenne chinoise qui veut offrir ce qu'il y a des meilleur à son enfant, enfant unique encore souvent. Un enfant, c'est deux parents et quatre grands-parents, soit en théorie six personnes qui se cotisent pour acheter ce qu'il y a de meilleur : du miel.

Reste l'équation insoluble. : comment répondre à la demande alors que la production mondiale patine. Il s'est mis en place une vaste escroquerie planétaire avec des intermédiaires douteux, qui achètent le miel, le mélangent, le coupent à l'eau, au sirop, et le revendent. Et voilà, comment avec 1 kilo, on en fait 2. On voit du miel chinois, importé en Europe, par des intermédiaires douteux et revendu aux Chinois au prix fort. En tout, un tiers du miel - 32 % - est non conforme.

Comment savoir alors où acheter du vrai miel ? D'abord, le prix. est un bon indicateur. Moins de 10 euros le kilo, ce n'st pas net. L'idéal ensuite est de connaitre un apiculteur. Sinon, attention aux arnaques. Contrairement à ce qu'on pourrait imaginer, mieux vaut parfois éviter les marchés locaux avec de faux apiculteurs. A noter qu'un autre chiffre est alarmant : celui de la mortalité des abeilles qui est de 30% aujourd'hui alors qu'elle était à 5% il y a 20 ans.


>> L'indignation au Maroc après la mort d'un marchand de poisson

Par Sophie Larmoyer, experte international

Le Maroc connait depuis vendredi soir une grande vague d’indignation depuis qu’un marchand de poisson est mort dans des conditions absolument tragiques, écrasé dans un camion poubelle. Dans tout le pays, des manifestants demandent justice.

Le drame s'est déroulé dans la ville d’Al-Hoceima,  sur la côte au nord du pays. Mouhcine Fikri, vendeur de poisson, est arrêté par la police avec 500 kilos d’espadon, une espèce interdite à la pêche à cette période de l’année. C’est en essayant d’éviter la destruction de sa marchandise que le jeune homme d’une trentaine d’années est happé par le mécanisme de compactage.

Tout cela a été filmé sur un téléphone portable, diffusé sur internet tout comme des photos. Des images extrêmement violentes. Les mots clefs "Nous sommes tous Mohcine Fikri" et "Broie-le" ont tout de suite circulé sur les réseaux sociaux, provoquant des  manifs un peu partout dans le pays, surtout dimanche, le jour de l’enterrement du jeune homme. On a pu sentir l’inquiétude du pouvoir, notamment du Palais, face à ces soulèvements de rue. Notamment parce qu’à l’origine des printemps arabes, il y avait eu l’immolation par le feu d’un vendeur ambulant tunisien à qui on avait confisqué sa marchandise.

Là, au Maroc, les gens dans la rue dénoncent la "hogra", un mot pour dire "le mépris pour les faibles", l’arbitraire. Le ressort social est le même : le rejet de la loi du plus fort et de la corruption. L’allégorie de la benne à ordures rajoute au symbole. Et c’est sans doute pour ça que le Roi Mohamed VI a immédiatement demandé à son ministre de l’Intérieur d’aller présenter ses condoléances à la famille du jeune homme et de diligenter une enquête pour que les coupables soient punis. Cinq personnes ont été mises en garde à vue hier.

Le pouvoir na craint pas un printemps marocain à retardement. la comparaison avec la Tunisie n’est pas pertinente sur toute la ligne. D'abord parce que Mohamed VI n’est pas Ben Ali et que le gouvernement marocain est élu, réélu même depuis début octobre. D'ailleurs, début 2011, il y avait eu un début de printemps marocain et le roi avait très vite réagi, proposant une nouvelle Constitution et des élections.

Et puis tout le week-end et lundi, les Marocains ont pu manifester dans le calme et sans présence policière. Cependant, les résultats de l’enquête seront scrutés et tout sentiment d’injustice pourrait provoquer de nouvelles réactions de la rue, ce que veut absolument empêcher le pouvoir, surtout à quelques jours de la conférence internationale sur le climat, la Cop 22, qui démarre lundi prochain à Marrakech.

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