La Deutsche Bank au bord de la faillite et la Syrie dans une situation critique : les experts d'Europe 1 vous informent

SAISON 2016 - 2017
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Axel de Tarlé, Géraldine Woessner et Sophie Larmoyer font le point sur l'actualité du jour.

Axel de Tarlé, expert économie

La Deutsche Bank, première banque allemande, s'écroule à son plus bas niveau historique à la Bourse de Francfort.
On s'interroge sur sa survie. Il y a de quoi créer une panique financière qui aurait des conséquences planétaires et notamment en France.

La Deutsche Bank a commis un péché d'arrogance. La première banque allemande, a toujours été une banque industrielle finançant les entreprises et les PME.

Dans les années 2000, elle est allé jouer les golden boys à Wall Street et a ramassé tous les mauvais morceaux.
Ça lui revient aujourd'hui en Booremang puisque la Deutsche Bank se retrouve impliquée dans tous les scandales financiers.
Dernier exemple en date : Le scandale des Subprimes aux États-Unis qui lui vaut aujourd'hui d'être sous le coup d'une gigantesque amende de 12 milliards d'euros. C'est énorme puisque c'est quasiment le prix de la banque, qui vaut 15 milliards en Bourse.
 
La Deutsche Bank est vraiment en pleine crise, au point que l'on s'interroge sur son avenir , elle va être obligé de lever de l'argent frais.

Ce qui a semé la panique, c'est qu’hier, un article du magazine allemand Focus, affirmait qu'Angela Merkel refusait de voler au secours de la Deutsche Bank. Une information qui a été démentie mais qui montre l'extrême tension.

En quoi ça nous concerne ?

La Deutsche Bank, c'est l'une des plus grosses banques européennes. Toutes les grandes entreprises, mais également toutes les grandes banques et notamment les Françaises, sont en affaire avec elle

Le FMI, dans une note en juin dernier, affirmait que la Deutsche Bank constituait la plus grande menace systémique du monde financier. Systémique, ça veut dire qu'elle est au cœur du système financier. C'est à dire que si elle craque, l'onde de choc sera planétaire, avec des conséquences notamment dit le FMI, en France, en Grande Bretagne et aux États-Unis.
D'ailleurs, hier, les bourses du monde entier ont chuté à cause de ces difficultés de la Deutsche Bank.

Pas de panique néanmoins car les autorités veillent, elles ont notamment retenu la leçon de Lehman Brother.
Si vous laissez une grosse banque faire faillite, c'est la catastrophe assurée, La Deutsche Bank s'en sortira donc forcément.

En creux, on dit que tout va mal en France, et bien on peut se réjouir car même si on adore les critiquer on a des banques solides.


Sophie Larmoyer, experte international

Aucune accalmie sur le front de la Syrie et en particulier à Alep, dont les quartiers Est tenus par les rebelles, sont pilonnés depuis jeudi soir. Malgré l’agitation diplomatique, rien de change.

Non, "presque" rien. Il y a eu une information un peu positive hier, c’est l’acheminement d’aide humanitaire dans quatre localités assiégées, près de Damas et dans le nord-ouest du pays. C’est la première fois en six mois. Une toute petite avancée au regard du cauchemar que continuent de vivre les habitants d’Alep, toujours sou le feu des aviations syrienne et russe.

Ils  n’ont plus d’eau potable et presque plus rien à manger. Un médecin, cité par l’Ong Save the Children et par l’AFP, explique que la moitié des patients sortis des décombres et qui arrivent jusqu’à l’hôpital sont des enfants et beaucoup de victimes, meurent faute de matériel de base comme l'oxygène, les antibiotiques ou les anesthésiques.

Pourtant à l’ONU, on s’agite et les mots sont forts : c’est clairement la Russie qui est mise en accusation.

Vraiment, on peut dire que les diplomates à New-York sont mobilisés au maximum avec effectivement des paroles fortes et qui toutes visent la Russie. L’ambassadrice américaine dénonce la "barbarie" de l’offensive sur Alep. L’ambassadeur français, comme Ban Ki Moon, parle de "crimes de guerre" quant au Britannique, il propose de saisir la Cour Pénale Internationale.

Tous ces pays sont exaspérés par la duplicité de Moscou qui bombarde plus que jamais depuis jeudi tout en continuant à évoquer un processus de paix dans les réunions. De quoi être consterné.

Est-ce qu’il y a vraiment "crimes de guerre" et auquel cas que se passe-t-il, au-delà de l’exaspération ?

Dans le traité fondateur de la CPI, la Cour pénale internationale, sont définis plus de 50 exemples de crimes de guerre. Pour n'en citer que trois : attaque intentionnelle contre des civils, contre des missions d’aide humanitaire et utilisation de gaz, ou d'armes généralement interdites qui peuvent frapper sans discrimination" comme des armes à sous-munitions.

Ces trois crimes là sont caractérisés à Alep. Et pourtant, c’est vrai, il est impossible de recourir à la Cour pénale internationale : la Russie, la Syrie, l’Iran comme les États-Unis d’ailleurs n’ont pas ratifié le statut de la CPI. La saisine de la Cour doit donc passer par le Conseil de sécurité de l’Onu et là, la Russie et la Chine mettent leurs vétos.

C’est un constat d’impuissance de la communauté internationale.

Absolument et il faudra compter avec le temps pour traduire les criminels en justice avec le temps et le travail minutieux de gens extrêmement courageux, sur le terrain, qui documentent tous ces crimes. Hier justement, le Prix Nuremberg des droits de l’homme a été décerné à César, cet ancien photographe militaire qui a exfiltré les preuves de la torture systématique du régime syrien.


Géraldine Woessner pour le Vrai faux de l'info

Le Vrai Faux de l’Info avec Nicolas Sarkozy qui était notre invité hier matin. L’ancien président, qui veut incarner l’opposition à son successeur François Hollande, l’accuse d’avoir éreinté le pouvoir d’achat des français.

Nicolas Sarkozy : "Nous, c’est la France silencieuse. Ce sont ces ouvriers qui se demandent encore pourquoi on a supprimé les heures supplémentaires défiscalisées : mais qu'est-ce qu'ils avaient fait ces pauvres ouvriers pour qu'on leur retire 250€ par mois ?"

La fin de la défiscalisation des heures supplémentaires a fait perdre 250 euros par mois aux ouvriers, c’est vrai ou c’est faux ?

C’est faux, la suppression de ce dispositif phare du quinquennat de Sarkozy a certes fait perdre de l’argent aux salariés, ça c’est indéniable, mais pas du tout dans ces proportions. Un rapport bi-partisan de l’Assemblée l’a d’ailleurs prouvé en 2011. Ce rapport précise que la défiscalisation des heures supplémentaires a largement touché les salariés, c’est vrai, plus de neuf millions en ont déclaré, dans le privé, comme dans le public. Mais les gains réalisés sont restés plus modestes avec 42 euros par mois en moyenne, une moyenne établie par Bercy, sur la base de quatre heures supplémentaires par semaine. 42 euros, on est loin des 250 euros même si cette moyenne cache des disparités. Certains ont moins gagné parce qu’ils n’étaient pas imposables tout simplement, ils n’ont donc pas bénéficié du volet fiscal de la mesure. Cela représentait quand même, en 2010, près de trois millions de salariés. Ceux qui ont le plus perdu sont en fait les classes moyennes, entre 100 et 180 euros par mois pour un célibataire à 3.000 euros bruts de salaire. Ça reste très important, c’est pour cela que la suppression brutale du dispositif par François Hollande, assortie de hausses d’impôts, a laissé un goût si amer.

Donc l'effet était bel et bien positif sur le pouvoir d’achat ?

Incontestablement. Le "gagner plus" promis dans sa campagne a été tenu. Pour le travailler plus, c’est moins net et c’est pour ça que dispositif reste très contesté. Des heures supplémentaires, les salariés en faisaient avant et l’Acoss (l’agence centrale des organismes de sécurité sociale) a calculé que leur volume n’a augmenté que de 11% pendant les années ou la défiscalisation était en place simplement parce que, dès 2008 la crise était là, il y avait donc moins d’activité. Et la mesure a coûté très cher à l’État, 4,5 milliard par an en rythme de croisière, payés par des gens qui ne pouvaient pas en bénéficier, les travailleurs indépendants, les libéraux ou encore les inactifs. Bref, une mesure à court terme très intéressante pour le pouvoir d’achat, mais pas forcément bien pensée sur le plan économique.

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