Vers l’explosion du clivage gauche-droite ?

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L'édito politique d'Yves Thréard est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1
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Chaque matin, Yves Thréard nous livre son analyse politique à quelques semaines de l'élection présidentielle.

Vers l’explosion du clivage gauche-droite ?

Cela fait des années que l’on en parle, qu’on prédit la mort de ce bon vieux clivage structurant de la vie politique française.
Eh bien, cette présidentielle pourrait sonner le glas du clivage gauche-droite.
Deux sondages de ce week-end montrent que si on votait aujourd’hui, la finale opposerait Emmanuel Macron à Marine Le Pen. Reléguant loin derrière Fillon, et encore plus Hamon.
Les Français auraient donc à choisir entre les deux candidats qui ont construit leur discours contre les partis traditionnels, contre le système des primaires, contre l’offre classique et sur leur relation directe avec le peuple.
Face à face, ce serait un populiste mondain contre une populiste nationaliste, le tenant du ni droite ni gauche contre la pourfendeuse de l’UMPS, un candidat hybride contre une candidate révoltée.

Cela marquerait un tournant, une révolution dans la vie politique française.

Bien sûr, et on sentait de plus en plus (depuis 1989 et la fin du communisme) que ce clivage reposant sur le mode de redistribution des richesses pouvait être un jour dynamité.
La vieille opposition gauche-droite est de plus en plus remplacée par, d’un côté, les pro européens comme Macron et, de l’autre, les antieuropéens comme Le Pen, les mondialistes comme Macron et les souverainistes comme Le Pen.
Cette fracture entre l’ouverture et le repli traverse d’ailleurs tous les partis qu’elle est en train de tuer à petit feu. Elle était perceptible avec le référendum sur Maastricht, en 1992, elle est flagrante depuis le référendum sur le projet de constitution européenne de 2005. La crise des migrants l’a encore élargie.
C’est l’opposition de deux sensibilités qui prévaut aujourd’hui : l’une privilégie le libéralisme et l’individu, l’autre le protectionnisme et la nation.

Macron ou Le Pen à l’Élysée, ce serait l’acte de décès du PS et celui du parti Les Républicains.

Si cela se produisait, il faudrait admettre tout de même que Fillon avec son affaire et Hamon avec son incapacité à faire l’union de la gauche les auraient bien aidés.
Macron ou Le Pen à l’Élysée, mais avec quelle majorité ? C’est l’interrogation majeure. Sans doute avec une majorité de coalition et c’est là que le vieux clivage gauche-droite et les appareils des partis traditionnels auraient peut-être encore leur mot à dire.