Une primaire socialiste pour tuer Macron

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L'édito politique d'Yves Thréard est une chronique de l'émission Europe matin
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En fonction de son succès ou non, la primaire de la gauche peut éteindre le phénomène Emmanuel Macron ou, au contraire, faire de lui l'homme fort de la gauche.

Vous dites que la primaire socialiste peut tuer Macron. Pourquoi ?

Quatre des sept prétendants qualifiés à cette primaire peuvent défendre les couleurs de ce qu’il reste du PS à la présidentielle. C’est évident : Rugy, Bennahmias et Pinel, issus de petits partis frères, feront de la figuration. Cela devrait donc se jouer entre Valls, Peillon, Montebourg et Hamon. Ces quatre-là vont se livrer une bataille sans merci qu’il ne faudra pas négliger.

On peut, bien sûr, se dire que c’est peine perdue. Pour avoir été ses ministres, ils sont tous comptables du bilan désastreux de François Hollande. Ils n’ont pas grand-chose de nouveau à avancer. On se dit aussi que cette compétition, qui pourrait virer à la bataille de chiffonniers, va faire bien pâle figure après le succès de la primaire de la droite. Attention, pourtant : cette primaire peut être l’occasion d’un sursaut populaire, ce qui serait le cas avec quelque deux millions de votants.

Quelles pourraient être les raisons de ce sursaut ?

D’abord, cette primaire, qui va se dérouler sur un mois, en janvier, va attirer vers elle tous les feux médiatiques, avec quatre débats télévisés et deux tours de scrutin, les 22 et 29 janvier. Ce sera le spectacle politique de la rentrée. Ensuite, beaucoup d’électeurs de gauche, socialistes notamment, verront là l’occasion de se faire entendre, de manifester un sursaut d’orgueil pour dire : réagissons, rien n’est joué.

La preuve : François Fillon commence à tanguer sur la fiabilité de son projet, Marine Le Pen, tiraillée entre Philippot et sa nièce, n’est pas aussi solide qu’on le prétend. Quant à Mélenchon, il fait du bruit, mais personne ne le voit en mesure d’accéder au second tour.

Reste Emmanuel Macron…

Oui, et face à Macron, c’est quitte ou double. Ou cette primaire remobilise effectivement l’électorat socialiste, et le phénomène Macron aura alors peut-être vécu. La primaire l’aura tué, et on peut compter sur l’appareil du PS pour finir le travail vis-à-vis de ceux qui le soutenaient, notamment pour les investitures aux législatives. Ou bien, au contraire, la primaire est un échec, et Macron deviendra vraiment l’homme fort de la gauche de gouvernement. Suspense !