Une présidentielle au banc des accusés

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L'édito politique d'Yves Thréard est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque matin, Yves Thréard nous livre son analyse politique à quelques semaines de l'élection présidentielle.

Une présidentielle au banc des accusés.

A-t-on jamais vu les trois favoris d’une élection présidentielle rattrapés par la justice à moins de 40 jours du premier tour ? Non, jamais. Fillon, mis en examen pour détournement de fonds publics. Marine Le Pen, mise en cause pour l’emploi fictif de collaborateurs et sous-évaluation de son patrimoine auprès du fisc. Macron, soupçonné de délit de favoritisme et surtout de non déclaration de tous ses revenus quand il était banquier.
Bien sûr, de Chaban-Delmas à Chirac en passant par les diamants de Giscard, chaque présidentielle a eu son affaire présumée. Mais là, c’est l’ère du soupçon généralisé, la traque aux tricheurs, la chasse aux menteurs.
L’ambiance poisseuse de cette élection traduit en tout cas un changement d’époque.

Qu’est-ce qui permet d’affirmer cela ?

On ne pense pas, bien sûr, que les hommes et les femmes politiques d’aujourd’hui soient plus malhonnêtes qu’avant. Mais ils sont beaucoup plus sous les projecteurs.
Est-ce le prix à payer de l’exigence de transparence ? Oui, l’époque est au nu intégral et à la morale inflexible. On veut tout savoir d’eux : qui ils fréquentent, combien ils gagnent, où ils partent en vacances.
Cette transparence est facilitée par l’info continue et les réseaux sociaux. Le Canard enchaîné n’est plus le seul procureur. Sur Internet, la rumeur enfle, roule, se répand. Les lanceurs d’alerte sont partout, jour et nuit.
Puis, à force, la rumeur devient une information à vérifier, la pression est énorme. Alors la justice se met à enquêter. Mais il est déjà trop tard dans un pays où la présomption d’innocence vaut présomption de culpabilité. C’est le règne de la démocratie d’opinion.
Certes, Fillon, Le Pen et Macron ont peut-être chacun quelque chose à se reprocher, ils n’ont peut-être pas les mains propres. La justice le dira, mais malheureusement pas avant l’élection. Alors que croire, qui croire ?

Ces soupçons vont- ils peser sur les votes et le résultat de la présidentielle ?

Ce qui est sûr : c’est qu’il n’y a jamais de coïncidence ni de hasard. Sans la présidentielle, aucun des trois candidats n’aurait été inquiété de la sorte. Est-ce normal quand on brigue l’Élysée ? Sans doute. Mais c’est aussi un jeu qui peut se révéler dangereux pour la démocratie. Non, tous les politiques ne sont pas pourris.