Quelle marge de manœuvre pour Edouard Philippe ?

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L'édito politique d'Yves Thréard est une chronique de l'émission Europe matin
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Emmanuel Macron a lancé, lors de son discours du Congrès, un avertissement à son Premier ministre "La France n’est pas un pays qui se réforme". 

Le regard d'Yves Thréard. Bonjour Yves. Quelle marge de manœuvre pour le Premier ministre ?

"La France n’est pas un pays qui se réforme, pardon M. le Premier ministre de vous annoncer cette mauvaise nouvelle". Tel est l’avertissement en forme de boutade qu’a lancé hier, devant le Congrès, Emmanuel Macron à Edouard Philippe. C’est direct et tranchant. Mais, aussi paradoxal que cela puisse paraître, cette phrase redonne du pouvoir à ce premier ministre que d’aucuns voulaient voir ravaler au rang de "collaborateur". Certes, Macron lui met une pression énorme, mais à lui, Edouard Philippe, de trouver le bon mode d’emploi pour que le pays se transforme sans se cabrer. La recette, pour Macron, c’est de faire et refaire la pédagogie des changements annoncés. En gros Macron lui dit : j’ai fixé le cap, maintenant, débrouille-toi, la responsabilité est sur tes épaules. Si Philippe réussit, inutile de dire qu’il en sortira grandi, magnifié. On aura une idée de sa méthode dès aujourd’hui, à l’occasion de son discours de politique générale devant les députés.

Quels sont les obstacles qu’Edouard Philippe doit surmonter ?

Il doit surmonter les résistances de la gauche et les impatiences de la droite. A gauche, le PS est miettes. Le danger vient de la France insoumise de Mélenchon qui rêve de mettre la France dans la rue contre toutes les réformes. Mais ce n’est qu’en septembre, quand devront être ratifiées les ordonnances sur le Code du travail, qu’on verra si Mélenchon et les syndicats sont capables de mobiliser. A droite, Les Républicains ne manqueront pas de s’indigner si Edouard Philippe prend prétexte de l’état calamiteux des comptes publics pour retarder la baisse des charges ou le recentrage de l’ISF sur l’immobilier. Pour faire face à la gauche et à la droite, toutes deux très minoritaires, Edouard Philippe doit seulement espérer que sa majorité reste solide. C’est la grande inconnue. Le soutien de ses copains de droite, qui ont rejoint le groupe des Constructifs à l’Assemblée, pourrait se révéler précieux.

Donc, en fait, la marge de manœuvre du premier ministre est grande 

Oui. Car l’opposition est numériquement faible. Par ailleurs Macron revient à l’esprit gaullien de la Vème République : c’est au premier ministre de gouverner, pas au chef de l’Etat. Edouard Philippe se trouve simplement soumis à une obligation de résultat. S’il échoue, Macron sera sans pitié. Comme un président d’entreprise qui n’a plus confiance en son directeur général.

 

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