Que peut-il se passer dans la tête de François Fillon ?

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L'édito politique d'Yves Thréard est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque matin, Yves Thréard nous livre son analyse politique à quelques semaines de l'élection présidentielle.

Dans la tête de Fillon. Qu’est-ce qu’il peut bien se passer dans la tête du candidat de la droite ?

On lui prédisait la défaite et la primaire l’a porté en triomphe. On le reléguait aux seconds rôles de collaborateur et la primaire l’a fait roi. On daubait sur ce sage provincial bien coiffé et la primaire l’a montré bagarreur.
Oui, tout s’explique par cette primaire de la droite dans laquelle il a balayé Juppé et les bobos, Sarkozy et sa cour de supporteurs fanatiques. La primaire, c’était sa revanche, elle l’a rendu incontesté et incontestable.
Lui seul avait compris que la droite voulait un vrai programme de droite, un peu libéral, un peu catho et un peu gaulliste. Et il allait lui rendre sa fierté à la présidentielle, elle qui avait été anesthésiée par l’immobilisme de Chirac et déçue par les coups de com de Sarkozy.
Alors oui, il ne comprend pas aujourd’hui, Fillon, qu’on puisse le lyncher, le lâcher pour cette affaire d’emplois présumés fictifs. D’où vient le coup ? se demande-t-il toujours. En tous les cas, lui, il rendra coup sur coup. On ne va pas lui voler son exploit !

Donc, il ne lâchera rien ?

Fillon regarde, mais pourquoi lâcherait-il ? Il a reculé dans les sondages, mais il n’a pas sombré. Il est poursuivi par la justice, mais il n’est pas condamné, et ne le serait pas avant l’élection. Il reconnaît être moralement critiquable, mais pas légalement coupable. Il est blâmé, mais il ne sent pas un désir incommensurable pour Le Pen et Macron.
Pour lui, c’est donc jouable. Cet acharnement politique, médiatique, judiciaire contre lui, c’est le système. Ce système qu’il dénonce, c’est ce qui a fait son succès, pense-t-il, à la primaire. Non, Fillon n’est pas une main de fer dans un pot de rillettes, comme l’a dit un jour une humoriste, c’est un sarthois au sang basque : teigneux, taiseux, ambitieux, au point d’être parfois un peu autiste.

Dimanche, son meeting au Trocadéro sera un test pour lui.

Il rêve que ce soit son 30 mai 1968, un million de personnes pour soutenir de Gaulle dans la tourmente. Son problème, c’est qu’il n’est pas de Gaulle et que Malraux ne sera pas au premier rang. Mais, oui, s’il y a beaucoup de monde, ça ne pourra que le conforter. Sinon, qui vivra, verra…