Quand Macron joue au Général

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L'édito politique d'Yves Thréard est une chronique de l'émission Europe matin
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Alors qu'Emmanuel Macron entend faire respecter son autorité, Yves Thréard nous livre son analyse politique.

Quand Macron joue au Général.

Comme De Gaulle, Macron a le sens de sa mise en scène dans les décors qui évoquent l’histoire de France. Comme De Gaulle, il se méfie du régime des partis. Comme De Gaulle, il entend passer pour le sauveur et le reconstructeur de la politique française. Comme De Gaulle, ses interlocuteurs sont les grands de ce monde : non pas Johnson, Brejnev et Adenauer, mais Trump, Poutine et Merkel. Comme De Gaulle, il fixe des caps et laisse ses ministres gérer le quotidien.
Comme De Gaulle, enfin, Macron salue les prouesses de l’industrie française et de ses ouvriers : le 11 mai 1960, c’était le Général qui lançait le paquebot "France" à Saint-Nazaire ; hier, 57 ans plus tard, à trois semaines près, c’était Macron qui inaugurait le plus gros paquebot européen sorti des chantiers de Saint-Nazaire.
Et puisque Macron ne néglige aucun détail, comme le fondateur de la Vème République, il pousse le mimétisme jusqu’à dormir, lui aussi, en préfecture quand il se déplace. Hier, Macron a passé la nuit à la préfecture de Vannes. L’histoire ne dit pas encore si, à l’Élysée, il va payer son électricité !

Et pendant ce temps-là, l’affaire Ferrand continue.

Oui, et là aussi, l’analogie est possible. De Gaulle n’appréciait pas beaucoup les journalistes, qu’il appelait les "stylographes", toujours près au "dénigrement", disait-il. Macron aussi s’en méfie, lui qui aimerait bien choisir "ses" journalistes (il a déjà tenté de le faire), et avoir "son" Michel Droit, son interviewer attitré.
L’affaire Ferrand n’est pas l’affaire Ben Barka, loin s’en faut, quand, lors d’une conférence de presse en 1966, De Gaulle lança : "Une grande partie de la presse, travaillée par le ferment de l’opposition politique, est attirée par l’espèce d’atmosphère à la Belphégor". Mais dans la tourmente, Macron a rappelé, hier, en conseil des ministres, que la presse devait "rester à sa place et ne pas devenir juge". Vous admettrez que l’injonction paraît d’une autre époque.

Celle de la télévision en noir et blanc ?

Oui, quand il y avait un ministre de l’Information directement relié par une ligne directe à l’ORTF. Dieu merci, il y a trop de chaînes aujourd’hui pour que ce soit possible. Mais, pour la petite histoire, ce ministre était aussi le porte-parole du gouvernement, comme Christophe Castaner qui a rapporté hier l’avertissement de Macron à la presse.