Quand Donald Trump s'invite dans la campagne présidentielle

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L'édito politique d'Yves Thréard est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1
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Chaque matin, Yves Thréard nouslivre son analyse politique à quelques semaines de l'élection présidentielle.

Ce matin, Donald Trump au tableau d'honneur. Yves Thréard affirme que Trump réalise le rêve de tous les responsables politiques français.

Ah qu’est-ce qu’ils ont pu le critiquer, le ridiculiser, le vilipender, le nouveau président américain, ce milliardaire populiste et infréquentable à leurs yeux.
Eh bien, depuis 48 heures, c’est tout juste s’ils ne sont pas prêts à lui tresser des lauriers, les Mélenchon, Hamon, Montebourg et tous les autres, de droite comme de gauche.
Lutter contre la désindustrialisation et les délocalisations, défendre le patriotisme économique ? Ils n’ont que ces mots à la bouche mais sont incapables de les convertir en actes. Pas Trump. Pour lui, c’est simple comme un tweet. Quelle leçon !
Comme l’évoquait hier, ici même, Nicolas Barré, l’envoi d’un tweet menaçant de Trump a suffi pour que la direction de Ford renonce à construire l’une de ses nouvelles usines au Mexique. Mieux, le constructeur va réinvestir dans son fief du Michigan. Sinon, Trump promettait de le matraquer d’une taxe à 35 %. D’autres industriels sont dans son viseur pour les mêmes raisons.

Et là, un parallèle avec le gouvernement français qui assiste au rachat des Chantiers navals de Saint-Nazaire, qui appartiennent au Coréen STX, par un groupe italien ?

Oui, avec force précaution, le gouvernement se dit "vigilant". Alors que tout le monde redoute - les 2600 salariés en tête - que ce rachat soit synonyme de délocalisation.
Car le groupe italien est présent dans le monde entier, notamment en Chine.
Le pire, c’est que l’État français détient un tiers du capital des Chantiers navals de Saint-Nazaire et dispose d’une minorité de blocage.
Ce n’est même pas le cas de Ford, entreprise complètement privée.
Mais, au royaume du libéralisme, quand le patriotisme économique est en jeu, on ne plaisante pas. Pareil quand un géant industriel menace ruine. On se souvient qu’Obama a temporairement nationalisé General Motors pour relancer le groupe après la crise de 2008.
Comparaison n’est pas raison, mais, en France, la mentalité est tout autre : quand l’État intervient, c’est plutôt pour des raisons électorales - souvenez-vous d’Alstom à Belfort en septembre - ou des motifs idéologiques.
L’État français est donc un très mauvais chef d’entreprise.

La désindustrialisation sera pourtant au cœur de la campagne électorale en France ?

Bien sûr ! En 25 ans, 1,5 million d'emplois industriels ont été perdus en France, désormais l'un des pays les moins industrialisés des économies développées, selon l'OCDE. Désindustrialisation, délocalisations, sans oublier les emplois détachés qui représentent une concurrence déloyale dans les services, vont hanter la prochaine élection. Et déchaîner de nombreux électeurs. Espérons que ce ne soit pas pour le pire…

La banque centrale américaine, ce matin, semble plus réservée et se prépare à relever ses taux plus vite que prévu face à ce qu'elle appelle "l'incertitude considérable" de la présidence Trump. La FED qui s'inquiète du grand flou de son programme économique. Et quand c'est flou, il y a un loup.