Pourquoi Macron doit-il nommer un premier ministre de droite ?

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L'édito politique d'Yves Thréard est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque matin, Yves Thréard nous livre son analyse politique à quelques jours de la passation de pouvoir entre François Hollande et Emmanuel Macron.

Pourquoi Macron doit-il nommer un premier ministre de droite ?

Le nouveau président de la République l’avait dit : le premier ministre aura "vocation à mener le combat" des législatives de juin. Autrement dit, un homme ou une femme qui soit en mesure de l’aider à trouver une majorité pour gouverner. Dans cet objectif, ce ne peut être qu’une personnalité de la droite ou du centre. Pour trois raisons :
D’abord, Macron doit rompre avec l’image, peu flatteuse, d’héritier de Hollande qu’on veut lui coller. Or, la nomination d’une personnalité de gauche serait interprétée comme la continuation du quinquennat précédant.
Ensuite, Macron doit prouver, dès son premier geste, qu’il veut vraiment casser les clivages traditionnels. C’est une des raisons de son succès. Sortant lui-même d’un gouvernement de gauche, c’est donc à la droite qu’il doit tendre la main.
Enfin, le danger pour lui aux législatives vient de la droite qui veut prendre sa revanche. Choisir un premier ministre de droite, c’est le meilleur moyen de la diviser, de la fracturer et de l’affaiblir.

Et ce serait envoyer un signal important aux électeurs de droite ?

Effectivement, ce serait une garantie pour eux. Car tous ne partagent pas, loin de là, cette soif de revanche des ténors du parti Les Républicains qui veulent imposer une cohabitation à Macron.
Beaucoup d’électeurs sont fatigués par cet esprit de guérilla permanente, d’autant que la mauvaise gestion de l’affaire Fillon par la droite a laissé de très mauvais souvenirs. Assez de la guerre des chefs. Ces électeurs donnent la priorité à la nécessité de redresser le pays. Et nombre de réformes de Macron (sur le travail, la justice, l’école, l’innovation, la fiscalité) leur conviennent.

Macron a d’ailleurs fait de bons scores dans les bastions de la droite ?

Au second tour bien sûr. Mais également face à Fillon au premier tour, qu’il a battu dans le Cantal, la Vendée de Bruno Retailleau, les Hauts-de-Seine, les Yvelines notamment, et dans de nombreuses villes marquées à droite d’Ile-de-France, de l’Ouest et du Midi.
Pour faire élire ses députés, Macron peut aussi compter sur la défection d’une cinquantaine de 50 députés LR qui ont décidé de jeter l’éponge, comme Accoyer, Apparu, Copé, Bussereau ou Chatel. Rien ne dit que leurs remplaçants soient à la hauteur.