NKM ressuscite Jacques Chaban-Delmas

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L'édito politique d'Yves Thréard est une chronique de l'émission Europe 1 bonjour
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Comme Jacques Chaban-Delmas à son époque, Nathalie Kosciusko-Morizet veut incarner une droite de mouvement qui regarde vers l'avenir.

Nathalie Kosciusko-Morizet, qui sera toute à l’heure l’invitée des lundis de la primaire sur Europe 1, ressuscite Jacques Chaban-Delmas.
 
Oui et cela ne nous rajeunit pas.
À plusieurs reprises, Nathalie Kosciusko-Morizet a répété qu’elle voulait être la porte-parole d’une nouvelle société.
La nouvelle société, c’est précisément la politique que prône Jacques Chaban-Delmas quand il est Premier ministre de Georges Pompidou. Dans un discours resté fameux à l’Assemblée nationale, le 16 septembre 1969, Chaban appelle de ses vœux l’avènement d’une France "prospère, jeune, généreuse et libérée".
Mai 68 est passé par là et de Gaulle a claqué la porte.
Selon Jacques Chaban-Delmas, l’État est trop présent partout. Il faut mettre fin à la "société de castes", il faut que les individus s’épanouissent, que la France s’adapte aux nouvelles technologies, que notre industrie soit plus compétitive et que s’instaure un nouveau dialogue social par la participation des salariés à la vie de l'entreprise.
 
47 ans plus tard, Nathalie Kosciusko- Morizet dit-elle la même chose ?
 
L’esprit est le même et, parfois, les mots ! Elle aussi parle de nouvelles libertés, de participation, de la nécessité de donner la parole aux Français en créant une Chambre des citoyens sur Internet. NKM veut incarner une droite de mouvement, qui regarde vers l’avenir. "Notre pays, dit-elle, a besoin de visionnaires, pas de réactionnaires".
NKM, c’est un peu Chaban-Delmas en tailleur. Lui, il montait quatre à quatre les escaliers de l’Élysée, comme disait Thierry Le Luron. Elle, elle chevauche la politique perchée sur de hauts talons. Il plaisait aux femmes, elle ne laisse pas les hommes insensibles.
Et lui hier comme elle aujourd’hui incarnent l’aile gauche de la droite.
Chaban à Matignon avait pour conseiller un certain Jacques Delors, qui deviendra plus tard le ministre de l’Économie de François Mitterrand.
Quand Chaban-Delmas démissionne de Matignon, ceux qu’on appelait les gaullistes de gauche quittent la majorité au Parlement.
 
Car pour Chaban-Delmas, l’aventure s’est mal terminée.
 
Le président Pompidou a très mal accepté le discours de Chaban sur la nouvelle société.
Sur le fond, il était plutôt en phase, mais il a très mal vécu que Chaban lui vole la vedette sans le prévenir : Chaban a prononcé ce jour-là un discours de chef de l’État.
En juillet 1972, il est donc invité à démissionner.
Nathalie Kosciusko-Morizet, par ses transgressions, en fait ricaner beaucoup à droite mais sa candidature de témoignage à la primaire a le mérite de porter des idées originales, différentes et sans doute utopiques, mais qui pourraient un jour se révéler d’une grande justesse.