"Mitterrand le cynique, Hollande le microscopique"

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L'édito politique d'Yves Thréard est une chronique de l'émission Europe 1 bonjour
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Il y a 100 ans, François Mitterrand naissait. François Hollande va célébrer l'événement à la pyramide du Louvre. L'occasion pour Yves Thréard de faire une comparaison entre les deux hommes.

Il y a cent ans, le 26 octobre 1916, naissait François Mitterrand. Hollande va donc célébrer l’événement aujourd’hui, à la pyramide du Louvre. Les encensoirs seront de sortie et nul doute que le chef de l’Etat va convoquer les forces de l’esprit de son aîné pour tenter de se refaire une santé dans le cœur des Français où sa popularité est proche de zéro ! Le problème, c’est que la comparaison est rude entre les deux, assassine même. D’un côté, le monarque que peu de ses amis tutoyaient, impressionnant, fin lettré et respecté, au caractère et au passé mystérieux, dont le cynisme faisait la force et l’autorité. De l’autre, le garçon de bureau qui copine avec les journalistes, sans référence littéraire, qui se laisse humilier par ses ministres et rudoyer par son parti, dont le caractère transparent et le charisme microscopique font la faiblesse. Quand Mitterrand discutait d’égal à égal avec Gerhard Schröder ou Margareth Thatcher, Hollande court derrière Angela Merkel et se fait publiquement insulter par Léonarda. C’est peu flatteur.

Des points communs. Ils ont tous les deux contribué à mettre la France par terre économiquement. Au-delà, je dirais que Hollande finit le travail que Mitterrand avait commencé. Ils ont fracassé la gauche sur le mur des réalités de l’exercice du pouvoir. Résultat : si Mitterrand a tué le parti communiste, Hollande a tué le parti socialiste. Tous deux ont menti à leur électorat : Mitterrand avait commencé avec le programme commun et avait fini avec les années fric de Tapie ; Hollande a commencé avec « mon adversaire, c’est la finance » et termine avec un succédané de social-libéralisme raté. Pour autant, ils ne laisseront pas la même trace dans l’histoire. Mitterrand était un tacticien quand Hollande est un mécanicien. Cultivé, Mitterrand avait une vision de la France et du vaste monde, du moins du temps de la guerre froide, pas après. Avec sa boîte à outils, Hollande n’a que des visions, rien de ce qu’il croit voir ou sentir n’est vrai.

Mitterrand appréciait-il Hollande ? Dans le livre qu’elle vient d’écrire, Marie de Hennezel, la psychologue thérapeute de Mitterrand, rapporte ce propos de son patient : « Vous verrez ! Quelqu’un vous étonnera un jour, c’est Ségo­lène Royal. Elle a juste un défaut : c’est son mari ! » Tout est dit quand un cynique juge un microscopique.