Marine Le Pen prospère sur un champ de ruines

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L'édito politique d'Yves Thréard est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1
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Chaque matin, Yves Thréard nous livre son analyse politique à quelques semaines de l'élection présidentielle.

Marine Le Pen prospère sur un champ de ruines.

Marine Le Pen continue à faire la course largement en tête dans les sondages. Tout passe, tout glisse sur elle.
On la croit rattraper par une affaire d’emplois fictifs et, hop, elle s’en sort par un coup d’éclat en refusant de porter le voile pour rencontrer le grand mufti sunnite du Liban. Geste qui ne peut que la rendre populaire auprès d’électeurs - et ils sont nombreux - tétanisés par la menace islamiste.
On la croit plomber par un programme économique irréaliste, mais c’est sa parole facile contre l’immigration, l’insécurité, le laxisme européen qui porte et fait son succès.
On la croit incapable de diriger la France, mais elle n’a contre elle que des adversaires inaudibles, qui ne disent rien ou se contredisent, qui sont contestés par leur propre parti ou sont contestables pour n’être pas jugés eux-mêmes à la hauteur de ce qu’ils proposent.

Elle est donc en tête des sondages par défaut.

Il ne doit pas y avoir de l’envie, du désir, du rêve dans le vote Le Pen.
Il y a surtout une sacrée dose de colère, de révolte, de rejet de tous les autres candidats, d’une offre politique (de Fillon à Macron en passant par Hamon et Mélenchon) qui, finalement, porte la marque d’un passé raté.
Tous ceux-là sont, pour beaucoup d’électeurs, les héritiers (et parfois ils en ont été les acteurs) de quarante ans d’échecs répétés pour réduire le chômage de masse, l’immigration mal maîtrisée, l’insécurité galopante, la désindustrialisation.
Le succès du FN ne vient pas de sa dédiabolisation mais de sa capacité à sentir toutes les contestations. On dit qu’il est plus fréquentable. Faux, ce sont les autres qui sont devenus de moins en moins fréquentables aux yeux de ses électeurs potentiels.

Marine Le Pen qualifiée, peut-elle créer la surprise au second tour ?

Plus ça ira mal, et moins il y aura un plafond de verre pour l’arrêter et plus il y aura un plancher de pierres en dessous duquel elle ne retombera pas. Autrement dit, son électorat grossit et se solidifie sur les décombres des autres candidats. CQFD.