Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon : une victoire à la Pyrrhus pour l’un et l’autre ?

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L'édito politique d'Yves Thréard est une chronique de l'émission Europe matin
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À quelques jours du second tour des élections législatives, Yves Thréard nous livre son analyse politique.

Sauf accident, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon seront élus dimanche soir, mais une victoire à la Pyrrhus pour l’un et l’autre ?

Pour la première fois de leur carrière politique, ils devraient devenir députés. Les chances de Marine Le Pen sont grandes à Hénin-Beaumont dans le Pas-de-Calais. Celles de Jean-Luc Mélenchon un peu moins à Marseille, mais il reste le favori dans sa circonscription.
Décidément, ces deux figures de l’extrême n’arrêtent pas de se suivre en cette année électorale. L’un comme l’autre ont rêvé de devenir les chefs de l’opposition à Macron. Le Pen parce qu’elle s’était qualifiée au second tour de la présidentielle. Mélenchon, parce qu’il était persuadé que l’enthousiasme qu’il avait suscité pendant cette même présidentielle ne retomberait pas.
Eh bien, pour l’un et l’autre, plus dure sera la chute. Ils seront bien seuls à défendre leurs idées dans l’hémicycle : les députés du FN devraient se compter sur les doigts d’une main ; ceux de la France insoumise seront, au mieux, entre 12 et vingt.

Donc une victoire personnelle pour tous les deux qui ne cachera pas leur échec politique respectif.

Echec total pour Marine Le Pen dont on disait qu’elle pourrait envoyer jusqu’à 50 députés au Palais-Bourbon. Elle a perdu quatre millions de voix entre le premier tour de la présidentielle et celui des législatives. Sa prestation ratée face à Macron a tout changé. Mais, au-delà, ce sont ses choix politiques approximatifs (contre l’Europe et pour une économie ultra dirigiste, cryptocommuniste), qu’elle paye. Résultat : son parti est au bord de l’implosion et sa capacité à le rassembler sur une ligne plus identitaire est mise en doute.
Mélenchon, lui, a perdu sept points entre le 23 avril et le 11 juin. Ses troupes n’ont pas compris qu’il n’appelle pas à voter Macron contre Le Pen à la présidentielle. Comme si les électorats de l’extrême gauche et de l’extrême droite, certes "dégagistes" tous les deux, partageaient les mêmes idées ! Ses troupes n’ont pas compris non plus que le chantre de la paix se transforme soudain en un diviseur agressif et egocentrique de son camp, notamment vis-à-vis des communistes.

S’ils sont députés, ils pourront quand même mieux se faire entendre ?

Pas tellement. Isolés, ils vont rester dans leur fonction tribunicienne. Ce qu’ils savent le mieux faire car leur stratégie respective montre que l’exercice du pouvoir n’est peut-être pas leur objectif.