Marine et Jean-Marie

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L'édito politique d'Yves Thréard est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1
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Marine Le Pen a interdit l'entrée du siège du FN à son père.

Le regard d'Yves Thréard. Bonjour Yves. Chez les Le Pen, psychanalyse et politique font mauvais ménage

C’était hier, à Nanterre, devant les grilles fermées du siège du Front national, le parti qu’il a fondé il y a 44 ans. Scène pathétique et tragique.
Il est là, Jean-Marie, hurlant qu’il est "encore vivant". Il est là, ce père narcissique, tel un Ogre des contes de Perrault, à qui sa fille Marine interdit l’entrée et a retiré ses bottes de sept lieues, synonyme de son pouvoir, de sa puissance. Il est là parce qu’il ne veut pas mourir dans tous les sens du terme, le jour de ses 89 ans. Alors pour échapper à la mort physique et politique, il continue à l’humilier, à détruire tout ce qu’il a construit - son parti - et procréé - sa fille Marine.
Jean-Marie Le Pen a toujours refusé de la voir grandir, de la voir ne pas assumer son héritage idéologique à lui, mâtiné de racisme et d’antisémitisme, de mots graveleux et d’attaques grossières. Alors, il exige sa démission à elle, sa mort politique. Il veut la dévorer. Lui, c’est le Menhir, le mythe. Marine, il l’aime, il l’aime tant qu’il la veut à son image, à sa suite. Ce qui est impossible, donc ça finit tragiquement.

Et c’est d’autant plus rude pour Marine Le Pen qu’elle vient d’essuyer de sévères revers électoraux

Cela, c’est la raison objective de la virulence de son père. Avec le sens de la mise en scène qu’on lui connaît, quand il faisait le coup de poing à la tête de la Corpo de droit, au début des années 1950. Echec à la présidentielle, échec aux législatives, même si elle est élue pour la première fois députée. Lui ne peut pourtant pas se pousser du col puisqu’il n’a jamais été élu député autrement qu’au scrutin proportionnel. Cet échec, il lui attribue, à elle, qui s’est acoquinée à ce M. Philippot. Ce petit marquis, dit-il, qui a détourné le FN de ses fondamentaux - immigration, insécurité, identité - pour se perdre dans la défense d’une économie assistée et étatiste. Pour Jean-Marie Le Pen, sa fille est une "petite bourgeoise" sans autorité, sans personnalité.

Les coups de théâtre à répétition de son père peuvent-ils encore lui nuire ?

Non. Mais la vérité peut sortir de la bouche d’un père : on finit par se demander si sa fille a le niveau pour figurer en haut de l’affiche et l’autorité nécessaire pour mettre fin aux guerres intestines qui minent le Front national depuis plusieurs mois…