Macron-Philippe : la politique du temps long

  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
L'édito politique d'Yves Thréard est une chronique de l'émission Europe matin
Partagez sur :

Entre la réforme du code du travail et les nombreux projets annoncés, on a l’impression que la France est un vaste chantier. Mais le progrès est long et lent. 

Le regard d'Yves Thréard. Bonjour Yves. Macron et le gouvernement donnent du temps au temps

Oui, il faut se méfier des apparences. Entre la réforme du code du travail, celle des institutions, celle sur la moralisation de la vie publique et les nombreux projets annoncés cette semaine dans tous domaines par Macron, Philippe et Hulot, on a l’impression que la France est un vaste chantier. Le lancement de toutes ces initiatives donne le sentiment que tout va vite changer. Mais attention : en 2007, la même impression s’était dégagée avec l’arrivée de Nicolas Sarkozy à l’Elysée. Selon lui, il fallait tout entreprendre tout de suite, dans les 100 jours. Et puis, même si la crise financière est passée par là, on a vu le résultat cinq ans après : plus de chômage, de déficits, d’insécurité, etc.
Macron et son gouvernement ont ce précédent en tête et on sent qu’ils préparent peu à peu les esprits à la patience. Dans son discours de politique générale, mardi, Edouard Philippe a prévenu : "Le progrès, c’est long, c’est lent".

Au moins est-ce lucide et réaliste

Sage précaution effectivement. En égrenant les promesses de campagne de Macron dans son discours, Edouard Philippe les a toutes ponctuées de deux expressions : "D’ici à la fin du quinquennat" ou "au plus tard d’ici à 2022". C’était la première fois. Il faudra donc cinq ans pour que 80% des ménages ne payent plus la taxe d’habitation, que tous les territoires aient accès au haut débit, que l’impôt sur les sociétés passent de 33 à 25 %, que les impôts baissent de 20 milliards, que la dépense publique diminue de trois points.
Tant mieux si les promesses sont tenues, ne s’enlisent pas dans d’inutiles bavardages. On peut s’inquiéter, par exemple, des multiples instances de dialogue mises en place : états généraux de l’alimentation, assises de l’outre-mer, assises de la mobilité, conférence nationale des territoires. Très bien, mais si tout cela débouche aussi sur du concret.

Et que ça ne serve pas à masquer certains renoncements ou embarras

C’est le risque. Les urgences s’accommodent mal de la politique du temps long. Ainsi, hier, Nicolas Hulot, en présentant son plan climat, a longuement parlé de la fin des voitures à essence pour 2040. Mais il n’a rien dit de concret sur l’épineux et urgent dossier des centrales nucléaires qui doivent fermer. Et pour cause !