Macron et Le Pen, à chacun ses exclus

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L'édito politique d'Yves Thréard est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1
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Chaque matin, Yves Thréard nous livre son analyse politique entre les deux tours de l'élection présidentielle.

Macron et Le Pen, à chacun ses exclus !

Faut-il y voir le symbole de ce qui les oppose ? Pendant que Marine Le Pen, un ciré sur les épaules, allait à la rencontre de pêcheurs, hier, au Grau-du-Roi, Emmanuel Macron se rendait à Sarcelles et jouait au foot avec les jeunes des quartiers.
D’un côté, la France des gagne-petit, qui souffrent en silence et veulent être protégés. Cette France des oubliés que prétend défendre Le Pen contre Macron, stigmatisé en ultralibéral, ennemi des classes laborieuses et chantre du multiculturalisme. De l’autre, la France des banlieues peuplées d’immigrés. Cette France des territoires perdus de la République à laquelle Macron entend donner sa chance contre Le Pen, accusée de xénophobie et d’islamophobie.

Ces deux France-là ne se portent pas bien.

Certes, et elles représentent pour chacun une précieuse clientèle électorale.
À Sarcelles, Macron a fait deux fois plus de voix que Le Pen au premier tour, comme dans beaucoup de banlieues des grandes villes. Depuis des années, des milliards d’euros ont été dépensés pour améliorer la vie des habitants de ses quartiers. En vain. Macron leur dit aujourd’hui : l’économie numérique vous aidera à trouver du travail, soyez votre propre patron. Son discours est économique.
Au Grau-du-Roi, dans le Gard, c’est le contraire, Le Pen a fait deux fois plus de voix que Macron, comme dans beaucoup de petites villes. Ici, les pêcheurs redoutent d’être avalés par la concurrence sauvage, de perdre leur métier et leur raison d’être. Le Pen leur dit : je vous défends contre les agresseurs, les étrangers. Son discours est identitaire tout autant qu’économique.

Entre Macron et Le Pen, c’est aussi la guerre des images.

Oui, de la politique spectacle qui illustre jusqu’à la caricature l’image que chaque candidat veut renvoyer de lui-même : Le Pen, la protectrice, la patriote, contre Macron, l’homme de son temps, le tolérant.