L’image de Manuel Valls est en train de se faner

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L'édito politique d'Yves Thréard est une chronique de l'émission Europe matin
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Obligé de se gauchiser pour la maire, Manuel Valls ne semble pas cohérent. Résultat, il ne suscite pas vraiment de désir chez les électeurs.

Manuel Valls, invité hier soir de l’Emission politique de France 2, peut-il perdre la primaire du PS ?

Il ne faut pas insulter l’avenir, mais bien sûr qu’il peut perdre. Et ce n’est pas cette émission, dans laquelle il est apparu très longtemps crispé et brouillon, qui a pu le rendre imbattable. Certes, il est archi favori dans le seul sondage sorti depuis le 1er janvier. Mais il n’y a pas de désir pour lui. Et, chez les électeurs de gauche non encartés au PS, c’est la cote de Benoît Hamon qui monte très fort. A ce compte-là, une bonne participation fin janvier à la primaire pourrait lui être fatale, comme elle l’a été pour Sarkozy à droite.

Cette primaire a brouillé l’image de Manuel Valls, car elle l’oblige à se gauchiser, lui qui a toujours joué sur l’aile droite du PS. Or qu’est-ce que cherchent aujourd’hui les Français, de gauche comme de droite ? De l’authenticité, de la sincérité, de la cohérence. Ce qui a fait le succès de Fillon dans son camp, et ce qui fait celui de Macron auprès de nombreux électeurs qui, fatigués des zigs-zags et des mensonges de leurs élus en place depuis des lustres, avaient fini par se détourner de la politique.

Mais Manuel Valls prétend qu’il a changé, qu’il a mûri ?

Il faut toujours se méfier d’un responsable politique qui fait cet aveu frelaté. Généralement, c’est pour dire pardon, je reconnais mes erreurs, je me suis trompé, même si on n’est pas obligé de le croire. Valls n’est pas sur ce registre-là. Parfois, il n’assume pas. Comme sur le recours au 49-3, quand il prétend avoir été obligé de l’utiliser. Et souvent, il se renie carrément, et pas sur des détails. Mais c’est tellement gros que son nez bouge, que les bras vous en tombent.

Ainsi quand il a affirmé, hier, que "la gauche a trop cédé à la puissance du marché, aux forces de l’argent, au libéralisme", on avait l’impression d’entendre François Hollande dans son discours du Bourget en 2012. Comment Valls peut-il parler ainsi, lui qui voulait jeter aux orties l’ISF et qui se revendiquait être l’ami des entreprises devant le Medef, il y a 3 ans ? Oui, l’image de Valls est en train de se faner.

Pour autant, même s’il perd la primaire, il a dit qu’il n’abandonnerait pas la politique ?

La politique, a-t-il répondu, est sa passion. Peut-être était-ce son seul moment de vérité hier soir, avec son intransigeance affichée contre le port du voile islamique. Mais pourquoi continuerait-il ? Il ne serait plus qu’un figurant dans le paysage de la gauche, entre le vainqueur de janvier, Mélenchon et Macron. Trop tard, le train sera passé, même pour 2022.